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03/02/2014

L'abîme de la Ténèbre

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« Pour que l'esprit contemple Dieu par Dieu, sans intermédiaire, en cette lumière divine, il faut nécessairement trois choses.

Premièrement, il faut que l'homme soit bien réglé, au dehors, en toutes les vertus et sans obstacles au dedans, et vide de toute œuvre extérieure, comme s'il n'agissait pas, car si son oisiveté est troublée au dedans par quelque acte de vertu, il a des images et, tant qu'elles durent en lui, il ne peut contempler.

En deuxième lieu, il doit intérieurement adhérer à Dieu, par la jonction de l'intention et de l'amour, comme un feu flamboyant, qui ne peut jamais plus être éteint. Au moment où il se sent en cet état, il peut contempler.

En troisième lieu, il doit s'être perdu en une absence de mode, et en une Ténèbre où tous les contemplateurs se sont égarés en jouissant, et ne peuvent jamais se se retrouver selon le mode des créatures. En l'abîme de cette Ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même, commencent la manifestation de Dieu et la vie éternelle. »

Jean de Ruysbroeck, L'Ornement des noces spirituelles, « La Vie de contemplation ».

01/02/2014

« Il est celui qui est »

c.png« Parfois à méditer il m'attire lui-même :
Je ne résiste pas,
Et comme, en méditant, ce n'est que lui que j'aime,
Je prie avec appâts.

A quelque saint objet que mon coeur s'abandonne
Pour suivre son attrait,
Je sens un Dieu présent, bien plus que ce qu'il donne,
Bien plus que ce qu'il fait.

Par cet acte profond, subtil, tranquille et ferme,
Si longtemps exercé,
Mon esprit qui comprend un discours dans un terme
Est en Dieu relancé.

Lorsque pour mon devoir je profère de bouche
Des psaumes devant tous,
Plus que ce que je chante, un Dieu présent me touche
D'un attrait simple et doux.

Si l'esprit qui s'applique au sens de la parole
Ne l'entend pas toujours,
Le coeur anéanti se repaît, se console,
Au centre des amours.

Dans l'état où je suis, et tout passe
En l'objet infini.
Sans garder des objets ni fantôme ni trace
Le coeur demeure uni.

Pour cent et cent besoins, j'ai coutume de lire.
Tout est beau, tout me plaît : 
Mais pour contempler Dieu quelquefois, j'aime à dire : 
IL EST CELUI QUI EST.

Nom très haut qui distingue une essence très pure,
Dieu le vint publier.
Par ce nom ineffable, aucune créature
Ne peut lui ressembler.

Mais j'ai Dieu sans parler, et c'est une habitude,
Un constant souvenir.
Tantôt sec, tantôt plein, et toujours quiétude
Qui peut à Dieu m'unir.

L'esprit est éclairé, la volonté brûlante,
La mémoire se tait.
L'imagination n'est plus si turbulente,
Et le sens se soumet. »

François Malaval, La belle Ténèbre, « La plainte de Philotée », Jérôme Millon, 1993.