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18/04/2014

« Consummatum est »

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« Saint-Martin nous explique la raison véritable de l'Incarnation, dont l'objet ne fut pas le moins du monde, contrairement à ce qu'un enseignement, malheureusement assez répandu en milieu ecclésial quoique néanmoins profondément erroné soutient, de « sacraliser » la chair, mais pour que l'homme au sens générique du terme, puisse enfin et pour toujours s'en extraire, et être, à la suite du Divin Réparateur qui s'est donné en sacrifice pour cela, revêtu de lumière ineffable en ayant définitivement abandonné dans le tombeau à la putréfaction, les oripeaux de chair terrestre dont nous fumes revêtus après la prévarication d'Adam : « Après être devenu principe de vie corporelle, il a fallu qu'il devînt élément terrestre, en s'unissant à la région élémentaire ; et de là il a fallu qu'il se fit chair dans le sein d'une vierge terrestre, en s'enveloppant de la chair provenue de la prévarication du premier homme, puisque c'était de la chair, des éléments, et de l'esprit du grand monde qu'il venait nous délivrer. On voit maintenant pourquoi le sacrifice que le Réparateur a fait ainsi dans tous les degrés, depuis la hauteur d'où nous étions tombés, a dû se trouver approprié à tous nos besoins et à toutes nos douleurs. Aussi c'est le seul sacrifice qui ait été terminé par ces paroles à la fois consolantes et terribles, ‘‘consummatum est’ ; consolantes par la certitude qu'elles nous donnent que l'œuvre est accomplie, et que nos ennemis seront sous nos pieds, toutes les fois que nous voudrons marcher sur les traces de celui qui les a vaincus ; terribles, en ce que si nous les rendons vaines et nulles pour nous par notre ingratitude et notre tiédeur, il ne nous reste plus de ressource, parce que nous n'avons plus d'autre Dieu à attendre, ni d'autre libérateur à espérer» (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »).

 

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Il est donc fini, révolu, dépassé, le temps où il fallait utiliser des victimes animales pour nous laver de nos souillures, de même qu'il est achevé, pour toujours, celui où la méditation par des formes matérielles étaient imposée à l'homme pour célébrer son culte. Aujourd'hui nous vivons sous l'unique règle qui s'exprime par ces mots : « Consummatum est » : « Ce n'est plus le temps où nous puissions expier nos fautes, et nous laver de nos souillures par l'immolation des victimes animales, puisqu'il a chassé lui-même du temple les moutons, les bœufs et les colombes. Ce n'est plus le temps où des prophètes doivent venir nous ouvrir les sentiers de l'esprit, puisqu'ils ont laissé ces sentiers ouverts pour nous, et que cet esprit veille sans cesse sur nous, comme Jérémie, selon les Macchabées, veille toujours sur le peuple d'Israël. Enfin, ce n'est plus le temps où nous devions attendre que le salut des nations descende près de nous, puisqu'il y est descendu une fois, et qu'étant lui-même le principe et la fin, nous ne pourrions, sans lui faire injure, nous conduire comme s'il y avait encore après lui un autre Dieu, et ne pas donner à celui qui s'est fait connaître à nous, une foi sans borne et une confiance universelle, qui ne peut réellement et physiquement reposer que sur lui, puisque lui seul est l'universalité. Consummatum estNous n'avons plus désormais d'autre œuvre ni d'autre tâche, que de nous efforcer d'entrer dans cette consommation, et d'éloigner de nous tout ce qui peut nous empêcher d'en retirer tous les avantages. » (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »). »

 

Jean-Marc Vivenza, L'Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, Editions La Pierre Philosophale, 2014, pp.276-277. 

30/03/2014

La Voie de la Sagesse

SN3.JPG« Quelle tâche plus immense que celle de nous rendre les images mêmes de ce principe premier, et cependant comment le faire connaître, si nous n'en présentons en nous que des images défigurées ? Quel emploi, dis-je, plus vaste et plus utile, pouvons-nous faire de nos facultés, que de nous occuper, sans cesse, à les rendre semblables à celle de l'être donc nous descendons.

La première, et, sans doute, la plus essentielle des vertus dont cet être premier nous fournisse le modèle, est cet amour inépuisable par lequel il soutient et vivifie sa créature, malgré qu'elle s'abandonne à la corruption de sa volonté déréglée, et qu'elle agisse sans cesse contre son propre bien. En un mot, l'amour de cet être premier est tellement illimité et dominant sur toutes ses autres vertus, qu'il nous en fait sentir les effets comme malgré nous, et lors même que nous employons tous nos efforts à les éloigner. C'est même-là où nous apprenons combien cet amour doit être indulgent, tolérant et miséricordieux, puisqu'il doit aller jusqu'à chérir ceux qui nous contrarient et nous molestent le plus, à l'image de ce principe dont l'amour est inépuisable et régénère sans cesse sa créature, en purifiant continuellement les souillures qu'elle se fait à elle-même par ses outrages contre ce principe.
[...]
sn4.JPGVoilà, mes frères, la seule voie dont nous disposions, et qui, en effet, est continuellement dans nos mains, c'est cette union intime par laquelle nous représenterons l'amour que notre Créateur a pour nous ; c'est cette vive charité qui nous rendra mutuellement compatissants pour nos misères ; c'est enfin cette véritable terre sur laquelle la Sagesse ensemence avec profusion tous ses dons, quand elle la trouve bien préparée, et par conséquent, c'est-là ce champ immense où doivent germer toutes les vertus du principe divin, que nous sommes venus tous pour manifester sur la terre. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Les Voies de la Sagessein Œuvres posthumes, Tours, Letourmy, 1807.

 

 

 

05/03/2014

La Prière du coeur

coeur.jpg« Le sens propre de la prière du cœur, pour Saint-Martin, le fruit de l'oraison intérieure, est précisément situé dans l'accomplissement de ce quasi « envahissement » divin dont nous sommes l'objet, par la surprenante arrivée, dans notre fond, de l'Incréé, de ce qui dépasse tout entendement et toute raison, c'est-à-dire du Verbe éternel qui vient prononcer son inestimable Parole au centre de notre centre, dans ce Sanctuaire où seul doit régner le désir de Dieu. Que nous découvre Saint-Martin qui soit si pénétrant et stupéfiant pour éprouver, à ce point, l'homme de désir, et le faire quelque peu chanceler ? Tout simplement, que lorsque « nous avons le bonheur de parvenir à ce sublime abandon, le Dieu que nous avons obtenu par son nom, selon sa promesse, ce Dieu qui se prie lui-même en nous, selon sa fidélité et son désir universel, ce Dieu qui ne peut plus nous quitter, puisqu'il vient mettre son universalité en nous, ce Dieu, dis-je, ne fait plus de nous que comme habitacle de ses opérations »1. »

Jean-Marc Vivenza, La Prière du cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin dit le Philosophe Inconnu, « Le sublime Abandon », Arma Artis, 2007.

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[1] Louis-Claude de Saint-Martin, La Prière, in Œuvres posthumes.

16/02/2014

La Vérité pour guide

Saltzmann, salzmann, martinisme, saint-martinisme, saint-martin, ecce homo, vérité, la voie, la vie,« Il faut que les entraves matérielles de tous les hommes se déroulent ainsi et que les jugements qu'ils auront mérités soient découverts et exposés à la face de toutes les régions, afin que toutes les nations, connaissant le poison qui nous infecte, puissent dire avec horreur et mépris en nous voyant : Ecce Homo. Ce n'est qu'alors que le règne glorieux pourra descendre librement jusque dans le cœur de l'homme, ce n'est qu'alors que sans s'abuser, l'homme pourra aspirer à être renouvelé, parce que ce n'est que lorsque ce titre d'Ecce Homo et les jugements qui lui sont dus seront ainsi inscrits dans toutes les régions de l'univers, que la justice sera entièrement satisfaite.

S'il est vrai que ce qui se passera alors pour l'homme universel doit se passer dès à présent pour chacun de vous en particulier, quel est celui qui pourra donc avancer dans cette carrière ? Vous ne pouvez plus en douter ; c'est celui qui n'aura pas mis sa confiance dans les voies abusives des nations, qui sentant en lui-même la dignité de sa propre essence, se tournera exclusivement vers la source d'où il descend, comme étant la seule où il puisse être engendré de nouveau et qui se défiant de toutes ces espérances qui flattent sa paresse, ou son orgueil, ne se laissera point séduire par toutes les images ou par toutes les œuvres figuratives que l'ignorance et les ténèbres s'efforcent universellement de substituer à la place de celui qui seul est la Voie, la Vérité et la Vie et que nul être ne peut remplacer. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, §VIII.

 

 

07/02/2014

« N'être rien ! ... et saisir et juger la lumière ! ... »

« J'aime à porter mes pas dans l'asile des morts. 
Là, mourant au mensonge, il me faut moins d'efforts 
Pour comprendre leur langue et saisir leur pensée, 
Car les morts ne l'ont pas, cette idée insensée, 
Que tout s'éteint dans l'homme. En eux, tout est vivant. 
Pour eux, plus de silence. Auprès d'eux l'on entend 
Les sanglots du pécheur ; les fureurs de l'impie; 
Les cantiques du sage ; et la douce harmonie 
De ceux dont l'amitié, le zèle et la vertu 
N'ont formé qu'un seul cœur pendant qu'ils ont vécu.

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Homme, c'est ici-bas qu'il a pris la naissance, 
Ce néant où l'on veut condamner ton essence ; 
Et c'est ta propre erreur qui lui sert de soutien. 
Tu sais tout ! Tu peux tout ! Et tu peux n'être rien ! ... 
N'être rien ! ... et saisir et juger la lumière ! ... 
Laisse à l'homme égaré ces rêves de la terre : 
Nous n'étions qu'assoupis dans nos corps ténébreux. 
Quand le temps nous arrache à leurs débris fangeux, 
L'heure qui nous réveille est une heure éternelle. 
Oh ! Juste, quels transports ! quelle splendeur nouvelle !
Tu prends un autre corps, au creuset du tombeau ;
Un vif éclat, toujours plus brillant et plus beau ;
Un cœur même plus pur. Ainsi quand j’évapore
Ces fluides grossiers où le sel est captif,
Son feu reprend sa force, et devient plus actif. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le cimetière d’Amboise.

 

 

02/02/2014

Le bon usage de la raison

d.png« C'est cette liaison intime de l'homme avec la vérité par essence qui abreuve l'âme des eaux délicieuses de l'intelligence, et sans lui faire chercher son bonheur à voir des images, elle lui prouve la jouissance de réalités dont la série est éternelle, et qui dès lors se varient sans cesse. Et pendant que le corps, assujetti à des changements continuels, au dépérissement et à la dissolution du sensible, s’approche de sa fin, elle lui fait trouver une nouvelle vie dans cet être simple dont le corps n’est que l'enveloppe grossière. Pendant que celui-ci dépérit, l’autre se fortifie ; pendant qu’il se décompose, l'autre s'accroît ; pendant que l'un n'agit plus qu'avec peine, l'autre a pris de nouvelles ailes comme l’aigle ; pendant que l'un souffre, l'autre est dans la joie ; pendant enfin que l'un meurt, l'autre commence à vivre. C’est par le bon usage de sa raison que l'on parvient à cette vie heureuse, seule digne de captiver l'homme. En suivant ces principes, la découverte d'une vérité et surtout une bonne œuvre sont supérieures à toutes communications possibles. » 

Louis-Claude de Saint-Martin, Traité des communications

Le mercenaire de la Sagesse

 

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« Rends-toi serviteur de la Sagesse ; apprends longtemps sous ses ordres à être humble et actif. Suis-la modestement ; tiens-toi toujours à une juste distance, d'où, en lui marquant ton respect, tu sois prêt en même temps à entendre ses ordres au moindre coup d'oeil. Quand tu entres dans la maison, ne songe qu'à deviner ses désirs et qu'à les satisfaire. Préviens-la dans tout ce qui peut lui plaire ; ne lui laisse supporter aucun besoin, aucune incommodité. Quand la journée sera finie, pense à lui continuer les mêmes services pour le lendemain. Sois sur pied avant le lever du soleil, fais en sorte que quand elle se montrera le matin à ses serviteurs, elle trouve tout en état dans sa maison. Ce n'est que par ces attentions soutenues et multipliées, qu'elle te distinguera parmi ses serviteurs, et qu'elle t'assurera des récompenses qui puissent te suffire dans tes vieux jours. N'oublie point que l'homme est fait pour être le mercenaire de la Sagesse, et que c'est le plus beau titre qu'il puisse porter. »

Louis-Claude de Saint-Martin, L'Homme de Désir, chant §267.

01/02/2014

De l'édification de la Jérusalem Céleste

 

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« Ne te donne donc point de relâche que cette ville sainte ne soit rebâtie en toi, telle qu'elle aurait dû toujours y subsister, si le crime ne l'avait renversée, et souviens-toi tous les jours de ta vie que le sanctuaire invisible où notre Dieu se plaît d'être honoré, que le culte, les illuminations, l'encens dont la nature et les temples extérieurs nous offrent des images instructives et salutaires, qu'enfin toutes les merveilles de la Jérusalem céleste peuvent se retrouver encore aujourd'hui dans le coeur du nouvel homme, puisqu'elles y ont existé dès l'origine. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, chant §71

Le ministère du Seigneur

ba.png« Homme qui désire d'entrer, dès ce monde, dans le glorieux ministère du Seigneur, peins-toi donc journellement le tableau de ces eaux restauratrices que, depuis le crime, la bonté suprême n'a cessé de répandre dans les différentes époques de la postérité humaine ; car tu as assez scruté les voies de Dieu à notre égard pour savoir qu'il s'occupe non-seulement de la famille entière, mais encore de chaque homme en particulier, comme s'il n'en avait qu'un à soigner.

C'est ainsi qu'un flambeau placé au milieu d'un cercle d'homme éclaire chaque assistant de toute sa lumière. C'est ainsi que le soleil montre sa face toute entière à tous les mortels qui se présentent à son aspect ; c'est ainsi que la source divine de l'admiration est universelle, et ne cherche qu'à pénétrer dans toutes les âmes qui veulent s'ouvrir à sa lumière.

Mais après avoir admiré cette source inépuisable, dont les trésors avaient été prodigués à l'homme lors de son origine, et par le contrat divin, et qui depuis sa chute se sont accumulés et s'accumulent encore continuellement autour de nous, quelle impression pénible tu éprouveras, quand, malgré ces trésors, tu verras l'homme languir dans la détresse et dans une telle privation, que sa demeure ténébreuse semble ne reposer sur deux éléments : le désespoir et la mort ! »

Louis-Claude de Saint-Martin,
Le Ministère de l'Homme-Esprit.

31/01/2014

« Les sens ne constituent même pas la patrie essentielle de l'homme. L'homme intérieur est de nature spirituelle et éternelle » : Frédéric-Rodolphe Saltzmann (1749-1821) (3/3) [*]

3477008936.jpg« Au moment de la séparation, ce fut non pas à Saltzmann que Saint-Martin donna son portrait, mais à Madame Saltzmann, femme d'un grand caractère, d'une rare prudence et plus sceptique que croyante, mais pleine d'admiration pour la séduisante humilité du mystique. » (Jacques Matter, Saint-Martin, le Philosophe inconnu, Paris, Didier, 1862, p. 161.)

 

 

Lettre d'adieu de Saltzmann à sa femme et ses enfants, au moment de quitter l'Alsace en 1793 et de commencer une vie errante :

« Où suis-je ? Sur la terre du bon Dieu, sous la garde puissante de notre bon Dieu. Grâces en soient rendues, à lui le tout bon ! Tombez à genoux et remerciez le bon Dieu. Ses voies ne sont pas nos voies. Il saura certainement faire concourir toute chose à notre bien. Ayons une confiance parfaite en lui, Jésus-Christ, notre Roi suprême. Je verse des larmes de tristesse et de reconnaissance. La vie humaine est bornée et les distances sont grandes. Je le sens. Mais l'esprit est proche, et le serait encore davantage, et nous avions la foi. Ô précieuse solitude ! Qui sont ceux qui t'aiment, te sentent, te mettent à profit comme ils le devraient ? Tu donnes de la force au faible, des connaissances à l'ignorant. Les sens extérieurs constitueraient-ils tout l'être ? On pourrait le croire, en regardant agir les hommes. Les sens ne constituent même pas la patrie essentielle de l'homme. L'homme intérieur est de nature spirituelle et éternelle. Il discerne dans la solitude des êtres spirituels qui s'approchent de lui, et il se perfectionne à leur contact. Oui, heureux, celui qui aime la solitude et qui sait la mettre à profit. Elle est l'école de la vie éternelle.

J'ai passé six journées délicieuses et très solitaires à Mollau. Que Dieu soit loué éternellement pour le sentiment de ma petitesse et de mon néant et pour la faim de Dieu qu'il m'a donnée. Il m'y a paternellement préparé pour mon voyage, et il m'a aussi paternellement protégé. Qu'il en soit loué éternellement. Qu'il bénisse lui-même mon digne bienfaiteur. Il le fera. Il te bénira aussi, ma bien aimée. Il bénira ton âme et y activera l'œuvre commencée. Il y a peu de jours, c'était l'anniversaire de ta naissance. J'ai prié Dieu pour toi, et aussi tout en marchant, j'ai prié pour toi. C'est une manière de prier pour moi-même. Puisse chaque journée être pour nous un jour de naissance à la vie éternelle. Car la vie terrestre n'est pas une vie. Comme nous nous réjouirons plus tard des temps présents. Ce sont des semailles pour l'éternité.

Le ciel est gris, la terre est gelée ; l'hiver est là. Que ce ne soit jamais l'hiver dans nos cœurs ! Que sous la chaleur de son amour, le bon Dieu fasse fondre les glaces de nos cœurs ! Que notre cœur soit consumé d'un saint amour. Car il nous faut devenir saints, être saints comme Dieu.

Que Dieu te fortifie et t'aide à porter tes souffrances avec courage. Salue Mme Bruder et M. Daum. Embrasse tendrement les enfants. Au revoir ! »

Anne-Louise Salomon, F.- R. Salzmann, 1749-1820 - Son rôle dans l'histoire de la pensée religieuse à Strasbourg, Paris, Berger-Levrault, 1932, p. 94 à 96.

 

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Complément biographique, extrait de : « Constitution du Grand Prieuré d’Helvétie  (1779) », Directoire National Rectifié de France.

Rodolphe Salzmann (ou Saltzmann), fit des études de droit et d’Histoire à Goettingue  et noua, de par ses fonctions de direction à la « Librairie académique », des relations avec les milieux ésotériques et philosophiques en Allemagne, en Suisse et en France. Se plongeant dans les arcanes de la théosophie, il y découvrit les écrits de John Pordage (1608-1681), de Jane Leade (1623-1669), de William Law (1686-1761) et de Swedenborg (1688-1772), mais c’est surtout Jacob Boehme (1575-1624) qui devint peu à peu l’objet de son principal intérêt. D’une rigueur toute germanique, rejetant les pratiques théurgiques par souci d’un rapport purifié avec le divin, Salzmann vivait enfermé dans son cabinet de travail entouré de ses opuscules, et développera une sorte de mysticisme intérieur fondé sur l’oraison de quiétude et le repos en Dieu qu’il avait puisé dans la spiritualité de Fénelon et surtout de madame Guyon dont il vénérait la mémoire et s’inspirait pieusement. Saint-Martin et Salzmann, très proches spirituellement, ne pouvaient que s’entendre et s’apprécier. C’est ce qui arriva, et c’est de par les liens qui constituèrent cette amitié à partir de 1788 lors du séjour à Strabourg de Saint-Martin, que Salzmann lui fit partager son amour et sa dévotion pour la pensée de Jacob Boehme, pensée qui eut l’influence considérable que l’on sait sur le Philosophe Inconnu.

Quelques uns des ouvrages de Salzmann :

  • + Le Renouvellement des choses, sept morceaux (1802-1810) – (extraits de Ruysbroeck, Tersteegen, Catherine de Sienne, Antoinette Bourignon, Mme Guyon, Jane Lead, Swedenborg, Bromley, etc.).
  • + Les Derniers Temps (1806).
  • + Coup d’œil sur le mystère du projet divin relatif à l’humanité, depuis la création du monde jusqu’à la fin des temps (1810).
  • + Religion de la Bible (1811).
  • + Esprits et Vérité ou la Religion des Élus (1816).

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[*] Billet publié initialement le 30/05/13 sur le site de Clavis Aurea.

« Il y a dans l'humanité une élite qui cherche Dieu » : Frédéric-Rodolphe Saltzmann (1749-1821) (1/3) [*]

 

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« Il y a dans l'humanité une élite qui cherche Dieu. Saltzmann [1] en fait partie. A la base de cette recherche, nous constatons fréquemment l'existence d'une expérience personnelle : nous ne cherchons Dieu que lorsqu'il nous a trouvés, a dit Pascal. L'homme est libre de repousser l'appel divin. Saltzmann croit au libre arbitre :

Der freie Wille ist das groesste Geschenk, das der Mensch von Gott erhalten hat [2].

L'homme trouvé par Dieu fait l'expérience de son néant ; il est dégoûté de lui-même, se voit sous les couleurs les plus sombres, et exagère même sa culpabilité. Les Saints parlent de leur vie passée comme d'un abîme de perdition. Dieu s'est révélé à Saltzmann dans la nature, dans sa conscience, par sa Parole et son Esprit, mais aussi, comme nous le remarquions plus haut, par des rêves et des visions. Il y a eu de l'extraordinaire dans son développement spirituel ; il a cru être en relation directe et personnelle avec l'au-delà.

Pour dégager son esprit de son enveloppe corporelle et le rendre sensible à l'action divine, Saltzmann a recours à l'ascétisme ; il rappelle les pratiques des premiers siècles, remises en honneur à Port-Royal ; il jeune fréquemment, en particulier le vendredi. Il traduit un traité de Mme Broune sur "les quarante jours de jeûne de Jésus-Christ au désert". Saltzmann  croit que l'homme qui aspire à la vie divine peut développer cette vie en lui par la solitude ; il lui semble que la diminution de l'amour de la solitude est un indice d'une régression de la vie religieuse. Il fait l'expérience des grands mystiques qui considèrent le désir de changer de lieu comme une tentation.

 [...]

Le chrétien, selon Saltzmann, est protégé par une Providence personnelle et individuelle, et devient à son tour une providence pour son entourage, tel le juste de Sodome. Cette assurance lui donne une paix surhumaine. Saint-Martin, qui fut en une certaine mesure un disciple de Saltzmann, a consigné dans une page remarquable ce qui, selon lui, est l'essence de la vie religieuse : « l'homme n'est pas seulement connu et aimé personnellement de la Providence, il doit vivre en elle et devenir un avec elle. »

Anne-Louise Salomon, F.- R. Salzmann, 1749-1820 - Son rôle dans l'histoire de la pensée religieuse à StrasbourgParis, Berger-Levrault, 1932, p. 86 à 88.

 

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[*] Billet publié initialement le 28/05/13 sur le site de Clavis Aurea.
[1] 
http://www.philosophe-inconnu.com/Amis_disciples/Salzmann.htm
[2] « La volonté libre est le plus grand don que l’homme ait reçu de Dieu»