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01/02/2014

De la connaissance à l'inconnaissance

 

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« Veille bien à ce que rien, sinon Dieu, ne reste dans ton intelligence et ta volonté ; tâche de supprimer la connaissance et le sentiment de tout ce qui n'est pas Dieu, et cherche à les refouler bien loin sous le nuage de l'oubli.
Mais ce qu'il te faut comprendre, c'est que, dans cette œuvre, il ne suffit pas d'oublier toutes les créatures avec leurs œuvres et même tes œuvres propres : tu dois de plus t'oublier toi-même comme toutes tes œuvres pour Dieu.
Telle est la condition de celui qui aime parfaitement ; non seulement il aime plus que lui-même celui qui est l'objet de son amour, mais il se hait en quelque sorte à cause de cet objet.

Ainsi dois-tu faire. Il faut que tu prennes en dégoût et trouves fastidieux tout ce qui, dans ton intelligence et ta volonté, n'est pas Dieu ; tout le reste, quoi qu'il soit, ne peut que s'interposer entre toi et ton Dieu. Et il n'est pas extraordinaire que tu doives prendre en dégoût et en aversion la pensée de toi-même, puisqu'elle te ramènera toujours au péché, à cette masse hideuse et fétide, tu ne sais trop quoi, qui se place entre toi et ton Dieu. Mais cette masse n'est autre que toi-même, puisque tu constates qu'elle ne fait qu'un avec ta propre substance et y adhère, comme si elle ne pouvait jamais en être séparée. 
Applique-toi à détruire toute connaissance et tout sentiment des créatures, mais surtout de toi-même.

C'est de la connaissance et du sentiment de ton être propre que dépendent ceux des autres créatures, et si tu peux réussir à t'oublier toi-même, tu oublieras plus facilement ces autres créatures. Fais-en sérieusement l'essai ; tu trouveras qu'après avoir perdu le souvenir de toutes les créatures et de leurs œuvres, et même de tes propres actions, il te restera encore, interposées entre toi et ton Dieu et dépouillés de toute considération, la connaissance et de la conscience de ton être propre. Voilà ce qu'il faut détruire si tu veux voir arriver le moment où tu goûteras la perfection de cette œuvre. »

Anonyme, Le Nuage de l'Inconnaissance, chapitre XLIII.