Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/02/2014

De la sainte Ignorance

222.jpg« Il est extrêmement difficile pour un savant de renoncer entièrement à tout ce qu'il a appris et de se laisser conduire et guider, en cela semblable à un enfant ignorant, par l'Esprit. Jésus dit explicitement : « si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous ne pourrez pas entrer dans le royaume de Dieu. » Les enfants sont ignorants et réceptifs à l'enseignement [de l'Esprit]. Celui qui se tient pour érudit, celui-là n'est pas réceptif ; il Lui résiste s'il ne coïncide pas à ses idées déjà acquises, et ne peut s'abandonner à la contemplation de l'Esprit. Il faut apparaître devant Dieu semblable à un tableau blanc, sur lequel l'Esprit pourra écrire ce qu'Il veut. C'est pourquoi Jésus n'a pris aucun apôtre parmi les savants ; car l'enseignement de l'Esprit ne peut se mêler aux conceptions savantes de la raison, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui où l'enseignement est défiguré malgré de sincères enseignants. Et l'histoire de l'Eglise le prouve, les hérésies et autres erreurs sont venues par les docteurs en Religion, qui voulaient expliquer les mystères de la foi par la raison. 

Seul ce qui provient de l'esprit est esprit, et donne la vie et l'immortalité. Ce qui provient de la chair, provient de la raison - ou de ce qui est inférieur -, est chair, éphémère et mortel. Considérons les mots de conception et de naissance qu'utilise Jésus, ils symbolisent un total changement, la création de l'âme et du corps. Car, qu'il le veuille ou non, l'homme ne vient pas sur terre avec sa seule âme mais avec l'âme et le corps comme deux parties de son être, aussi doit-il renaître selon l'âme et le corps, faits de l'Esprit et de l'eau, pour qu'advienne une nouvelle personne. »

Frédéric-Rodolphe Saltzmann, Esprit et Vérité ou la Religion des Élus (1816).

07/02/2014

« N'être rien ! ... et saisir et juger la lumière ! ... »

« J'aime à porter mes pas dans l'asile des morts. 
Là, mourant au mensonge, il me faut moins d'efforts 
Pour comprendre leur langue et saisir leur pensée, 
Car les morts ne l'ont pas, cette idée insensée, 
Que tout s'éteint dans l'homme. En eux, tout est vivant. 
Pour eux, plus de silence. Auprès d'eux l'on entend 
Les sanglots du pécheur ; les fureurs de l'impie; 
Les cantiques du sage ; et la douce harmonie 
De ceux dont l'amitié, le zèle et la vertu 
N'ont formé qu'un seul cœur pendant qu'ils ont vécu.

999.png

Homme, c'est ici-bas qu'il a pris la naissance, 
Ce néant où l'on veut condamner ton essence ; 
Et c'est ta propre erreur qui lui sert de soutien. 
Tu sais tout ! Tu peux tout ! Et tu peux n'être rien ! ... 
N'être rien ! ... et saisir et juger la lumière ! ... 
Laisse à l'homme égaré ces rêves de la terre : 
Nous n'étions qu'assoupis dans nos corps ténébreux. 
Quand le temps nous arrache à leurs débris fangeux, 
L'heure qui nous réveille est une heure éternelle. 
Oh ! Juste, quels transports ! quelle splendeur nouvelle !
Tu prends un autre corps, au creuset du tombeau ;
Un vif éclat, toujours plus brillant et plus beau ;
Un cœur même plus pur. Ainsi quand j’évapore
Ces fluides grossiers où le sel est captif,
Son feu reprend sa force, et devient plus actif. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le cimetière d’Amboise.

 

 

04/02/2014

L'accomplissement du temps

grace.png

« Un écrit dit : Le plus grand don est que nous soyons enfant de Dieu et qu'il engendre en nous son Fils. Ne doit rien engendrer dans soi l'âme qui veut être enfant de Dieu et en qui le Fils de Dieu doit se trouver engendré, dans elle rien d'autre ne doit s'engendrer. Jamais rien ne le satisfait que d'engendrer son Fils en nous. L'âme non plus ne se satisfait d'aucune façon que le Fils de Dieu ne se trouve engendré dans elle. Et là bondit la grâce. La grâce se trouve là infusée. La grâce n'opère pas ; son œuvre, c'est son devenir. Elle flue hors de l'être de Dieu et flue dans l'être dans l'âme, et non dans les puissances. Lorsque le temps fut accompli, alors la grâce se trouve engendrée. Quand y a-t-il accomplissement du temps ? Lorsqu'il n'y a plus de temps. Qui dans le temps a établi son cœur dans l'éternité, et pour qui toutes choses temporelles sont mortes, c'est là l'accomplissement du temps. J'ai dit une fois : Il ne se réjouit pas en tout temps celui qui se réjouit dans le temps. Saint Paul dit : « Réjouissez-vous en Dieu en tout temps. » Il se réjouit en tout temps celui qui se réjouit par-delà le temps et hors du temps. »

Maître Eckhart, Les Sermons, Sermon §11.

03/02/2014

La profondeur de l'âme

dd.pngLà, [l'âme] ne prie pas plus qu'elle ne priait avant qu'elle ne soit. Elle reçoit ce qu'elle a de la bonté divine, du cœur de son amour, de ce noble Loin-Près. Elle ne se préoccupe de rien, ce qu'elle aime le plus est aussi bien ce qu'elle déteste le plus : tel est son monde ; il n'y a pas de plus, de moyen ou de moins en son amour, et c'est pourquoi elle ne s'attriste de rien qui lui arrive. Elle est d'une profondeur sans fond, et donc elle n'a pas de lieu propre ; et si elle n'a pas de lieu propre, elle n'a pas non plus d'amour-propre. Toute parole, toute œuvre lui sont interdites dans l'être simple de la divinité, comme cela fut autrefois prescrit par Jésus-Christ, Fils de Dieu. Elle est au point qu'elle n'a pas de matière à bien faire ; d'où il suit qu'elle n'a pas non plus matière à faire mal, car Amour lui donne tout, l'acquitte auprès de son prochain.

"Il est juste, dit-elle, que tout me sois soumis : puisque tout a été fait pour moi, je reçois tout comme à moi, sans interdit. Et pourquoi pas ? Vous m'avez aimée, vous m'aimez et vous m'aimerez de tout votre puissance en tant que Père, de toute votre sagesse en tant que Frère, de toute votre bonté en tant que Bien-Aimé ; et jamais vous ne fûtes, cher Père, cher Frère, cher et Bien-Aimé, ne serait-ce qu'un instant, sans que je sois ainsi aimée de vous : je puis donc bien dire que vous n'aimez personne plus que moi ! Car tout comme votre bonté ne pourrait souffrir que votre humanité, que celle qui l'a engendrée, que les anges et que les saints ne reçoivent point la gloire de votre éternelle bonté, elle ne pourrait pas non plus souffrir que je reçoive la peine et les tourments dont je suis digne ; et je reçois ainsi sans cesse votre miséricorde à la mesure même de votre puissance en tout ce que je devrais subir." »

Marguerite Porete, Le Miroir des âmes simples et anéanties, « Comment toute œuvre est défendue à l'âme anéantie ».

L'abîme de la Ténèbre

no.png

« Pour que l'esprit contemple Dieu par Dieu, sans intermédiaire, en cette lumière divine, il faut nécessairement trois choses.

Premièrement, il faut que l'homme soit bien réglé, au dehors, en toutes les vertus et sans obstacles au dedans, et vide de toute œuvre extérieure, comme s'il n'agissait pas, car si son oisiveté est troublée au dedans par quelque acte de vertu, il a des images et, tant qu'elles durent en lui, il ne peut contempler.

En deuxième lieu, il doit intérieurement adhérer à Dieu, par la jonction de l'intention et de l'amour, comme un feu flamboyant, qui ne peut jamais plus être éteint. Au moment où il se sent en cet état, il peut contempler.

En troisième lieu, il doit s'être perdu en une absence de mode, et en une Ténèbre où tous les contemplateurs se sont égarés en jouissant, et ne peuvent jamais se se retrouver selon le mode des créatures. En l'abîme de cette Ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même, commencent la manifestation de Dieu et la vie éternelle. »

Jean de Ruysbroeck, L'Ornement des noces spirituelles, « La Vie de contemplation ».

L'Eglise intérieure

 

nuee.jpg

« C'est ainsi que, de tout temps, il y a eu une assemblée intérieure, la société des élus, la société de ceux qui avaient le plus de capacité pour la lumière et qui la cherchent ; et cette société intérieure était appelée le sanctuaire intérieur ou l'Eglise intérieure.Tout ce que l'Eglise extérieure possède en symboles, cérémonies et rites, est la lettre dont l'esprit et la vérité sont dans l'Eglise intérieure. Ainsi l'Eglise intérieure est une société dont les membres sont dispersés dans le monde entier mais qu'un esprit d'amour et de vérité lie dans l'intérieur, et qui de tout temps fut occupée à bâtir le grand temple pour la régénération de l'humanité, par laquelle le règne de Dieu sera manifesté. Cette société réside dans la communion de ceux qui ont le plus de réceptivité pour la lumière, ou des élus.

Ces élus sont liés par l'esprit et la vérité, et leur chef est la Lumière du Monde même ; Jésus-Christ, Point de la lumière, le médiateur unique de l'espèce humaine, la Voie, la Vérité et la Vie ; la lumière primitive, la sagesse, l'unique medium par lequel les hommes peuvent revenir à Dieu. L'Eglise intérieure naquit tout de suite après la chute de l'homme, et reçut de Dieu immédiatement la révélation des moyens par lesquels l'espèce humaine tombée sera réintégrée en sa dignité, et délivrée de sa misère. Elle reçut le dépôt primitif de toutes les révélations et mystères ; elle reçut la clef de la vraie science, aussi bien divine que naturelle. »

Karl von Eckartshausen, La Nuée sur le Sanctuaire, « 2ème lettre ».

 

 

02/02/2014

« Le véritable serviteur et ami de Dieu n'est jamais sans souffrances ici-bas »

Sans titre 4.png« Il est rare qu'un vrai pauvre d'esprit n'ait pas à souffrir, d'une manière ou d'une autre : quelque chose l'éprouve toujours. S'il en était autrement, il ne persévérerait pas dans le chemin de la vertu et la voie du ciel : il lui faut des forces pour avancer, et ces forces, il les puise dans la souffrance. Quand la souffrance manque, les forces manquent. Voilà pourquoi, les bons ont nécessairement à souffrir, que ce soit ouvertement ou dans le secret de leur cœur. »

Jean Tauler, Le Livre de la pauvreté spirituelle, « le juste est soumis à quatre sortes de souffrances », Arfuyen, 2012.

Le bon usage de la raison

d.png« C'est cette liaison intime de l'homme avec la vérité par essence qui abreuve l'âme des eaux délicieuses de l'intelligence, et sans lui faire chercher son bonheur à voir des images, elle lui prouve la jouissance de réalités dont la série est éternelle, et qui dès lors se varient sans cesse. Et pendant que le corps, assujetti à des changements continuels, au dépérissement et à la dissolution du sensible, s’approche de sa fin, elle lui fait trouver une nouvelle vie dans cet être simple dont le corps n’est que l'enveloppe grossière. Pendant que celui-ci dépérit, l’autre se fortifie ; pendant qu’il se décompose, l'autre s'accroît ; pendant que l'un n'agit plus qu'avec peine, l'autre a pris de nouvelles ailes comme l’aigle ; pendant que l'un souffre, l'autre est dans la joie ; pendant enfin que l'un meurt, l'autre commence à vivre. C’est par le bon usage de sa raison que l'on parvient à cette vie heureuse, seule digne de captiver l'homme. En suivant ces principes, la découverte d'une vérité et surtout une bonne œuvre sont supérieures à toutes communications possibles. » 

Louis-Claude de Saint-Martin, Traité des communications

La lumière éternelle

b.jpg« Avant que, dans le temple de notre coeur, la lumière éternelle se rallume définitivement, avant que le Christ y naisse, il faut que notre moi soit devenu une Vierge semblable à la triomphatrice du Serpent. Réparer le mal commis, se sacrifier, souffrir, se taire, s'appauvrir, s'humilier, apprendre l'oraison, voilà les écoles qu'il doit suivre au préalable. Alors notre personnalité se clarifie comme les murs de la Jérusalem céleste ; notre volonté s'affermit comme la tour d'ivoire, la tour de David, la maison d'or des litanies ; notre intellect devient le trône de la Sagesse, comme le Saint-Esprit prépara le corps et l'âme de Marie pour en faire le trait d'union entre le ciel et la terre, Il disposa également en nous notre moi, pour que la lumière descende jusqu'à notre vie physique et que, de là, elle rayonne tout autour sur le monde matériel. Et sur la tige de ce moi fleurit enfin la merveilleuse rose mystique promise à l'Époux, que tous les sages ont prévue et tous les prophètes célébrée. »

Sédir, L'Enfance du Christ, « La Vierge ».

Le mercenaire de la Sagesse

 

543849_10201173133743634_441748854_nb.jpg

« Rends-toi serviteur de la Sagesse ; apprends longtemps sous ses ordres à être humble et actif. Suis-la modestement ; tiens-toi toujours à une juste distance, d'où, en lui marquant ton respect, tu sois prêt en même temps à entendre ses ordres au moindre coup d'oeil. Quand tu entres dans la maison, ne songe qu'à deviner ses désirs et qu'à les satisfaire. Préviens-la dans tout ce qui peut lui plaire ; ne lui laisse supporter aucun besoin, aucune incommodité. Quand la journée sera finie, pense à lui continuer les mêmes services pour le lendemain. Sois sur pied avant le lever du soleil, fais en sorte que quand elle se montrera le matin à ses serviteurs, elle trouve tout en état dans sa maison. Ce n'est que par ces attentions soutenues et multipliées, qu'elle te distinguera parmi ses serviteurs, et qu'elle t'assurera des récompenses qui puissent te suffire dans tes vieux jours. N'oublie point que l'homme est fait pour être le mercenaire de la Sagesse, et que c'est le plus beau titre qu'il puisse porter. »

Louis-Claude de Saint-Martin, L'Homme de Désir, chant §267.

01/02/2014

L'amitié spirituelle

 

abc.jpg

« Quand l'amitié est vraiment spirituelle, elle fortifie l'amour de Dieu à proportion qu’elle croit ; et plus on y pense, plus on se souvient de Dieu, plus on désire de le posséder ; de sorte que les accroissements se font également des deux côtés. C'est le propre de l'esprit divin d'ajouter bien sur bien, et d'augmenter l'un par l'autre, à cause de la conformité et de la ressemblance qui se trouvent entre eux. »

Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure, chapitre IV.

De la connaissance à l'inconnaissance

 

36.jpg

« Veille bien à ce que rien, sinon Dieu, ne reste dans ton intelligence et ta volonté ; tâche de supprimer la connaissance et le sentiment de tout ce qui n'est pas Dieu, et cherche à les refouler bien loin sous le nuage de l'oubli.
Mais ce qu'il te faut comprendre, c'est que, dans cette œuvre, il ne suffit pas d'oublier toutes les créatures avec leurs œuvres et même tes œuvres propres : tu dois de plus t'oublier toi-même comme toutes tes œuvres pour Dieu.
Telle est la condition de celui qui aime parfaitement ; non seulement il aime plus que lui-même celui qui est l'objet de son amour, mais il se hait en quelque sorte à cause de cet objet.

Ainsi dois-tu faire. Il faut que tu prennes en dégoût et trouves fastidieux tout ce qui, dans ton intelligence et ta volonté, n'est pas Dieu ; tout le reste, quoi qu'il soit, ne peut que s'interposer entre toi et ton Dieu. Et il n'est pas extraordinaire que tu doives prendre en dégoût et en aversion la pensée de toi-même, puisqu'elle te ramènera toujours au péché, à cette masse hideuse et fétide, tu ne sais trop quoi, qui se place entre toi et ton Dieu. Mais cette masse n'est autre que toi-même, puisque tu constates qu'elle ne fait qu'un avec ta propre substance et y adhère, comme si elle ne pouvait jamais en être séparée. 
Applique-toi à détruire toute connaissance et tout sentiment des créatures, mais surtout de toi-même.

C'est de la connaissance et du sentiment de ton être propre que dépendent ceux des autres créatures, et si tu peux réussir à t'oublier toi-même, tu oublieras plus facilement ces autres créatures. Fais-en sérieusement l'essai ; tu trouveras qu'après avoir perdu le souvenir de toutes les créatures et de leurs œuvres, et même de tes propres actions, il te restera encore, interposées entre toi et ton Dieu et dépouillés de toute considération, la connaissance et de la conscience de ton être propre. Voilà ce qu'il faut détruire si tu veux voir arriver le moment où tu goûteras la perfection de cette œuvre. »

Anonyme, Le Nuage de l'Inconnaissance, chapitre XLIII.

De profundis

1395241_10201597145703668_1989186132_n.jpg

« Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !
Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.
J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.
Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes. »

Psaume 130

« Il est celui qui est »

c.png« Parfois à méditer il m'attire lui-même :
Je ne résiste pas,
Et comme, en méditant, ce n'est que lui que j'aime,
Je prie avec appâts.

A quelque saint objet que mon coeur s'abandonne
Pour suivre son attrait,
Je sens un Dieu présent, bien plus que ce qu'il donne,
Bien plus que ce qu'il fait.

Par cet acte profond, subtil, tranquille et ferme,
Si longtemps exercé,
Mon esprit qui comprend un discours dans un terme
Est en Dieu relancé.

Lorsque pour mon devoir je profère de bouche
Des psaumes devant tous,
Plus que ce que je chante, un Dieu présent me touche
D'un attrait simple et doux.

Si l'esprit qui s'applique au sens de la parole
Ne l'entend pas toujours,
Le coeur anéanti se repaît, se console,
Au centre des amours.

Dans l'état où je suis, et tout passe
En l'objet infini.
Sans garder des objets ni fantôme ni trace
Le coeur demeure uni.

Pour cent et cent besoins, j'ai coutume de lire.
Tout est beau, tout me plaît : 
Mais pour contempler Dieu quelquefois, j'aime à dire : 
IL EST CELUI QUI EST.

Nom très haut qui distingue une essence très pure,
Dieu le vint publier.
Par ce nom ineffable, aucune créature
Ne peut lui ressembler.

Mais j'ai Dieu sans parler, et c'est une habitude,
Un constant souvenir.
Tantôt sec, tantôt plein, et toujours quiétude
Qui peut à Dieu m'unir.

L'esprit est éclairé, la volonté brûlante,
La mémoire se tait.
L'imagination n'est plus si turbulente,
Et le sens se soumet. »

François Malaval, La belle Ténèbre, « La plainte de Philotée », Jérôme Millon, 1993.

De l'édification de la Jérusalem Céleste

 

1380850_10201676066796646_1870029523_n.jpg

« Ne te donne donc point de relâche que cette ville sainte ne soit rebâtie en toi, telle qu'elle aurait dû toujours y subsister, si le crime ne l'avait renversée, et souviens-toi tous les jours de ta vie que le sanctuaire invisible où notre Dieu se plaît d'être honoré, que le culte, les illuminations, l'encens dont la nature et les temples extérieurs nous offrent des images instructives et salutaires, qu'enfin toutes les merveilles de la Jérusalem céleste peuvent se retrouver encore aujourd'hui dans le coeur du nouvel homme, puisqu'elles y ont existé dès l'origine. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, chant §71

Le Flambeau vivant

« Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau ;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.

agneau5.png

Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu'ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleil
Rougit, mais n'éteint pas leur flamme fantastique ;

Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil ;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul Soleil ne peut flétrir la flamme ! »

Charles Baudelaire, Le Flambeau vivant

« Donnez-moi la Sagesse »

7bd61af619ff4b741f647f75430beea13.jpg

« Dieu des pères, Seigneur de miséricorde, qui avez fait l'univers par votre parole, et qui, par votre sagesse, avez établi l'homme pour dominer sur toutes les créatures que vous avez faites, pour régir le monde dans la sainteté et la justice, et exercer l'empire dans la droiture du coeur, donnez-moi la Sagesse qui est assise près de votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants. Car je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme faible, à la vie courte, et peu capable de comprendre le jugement et les lois. Quelqu'un serait-il parfait parmi les enfants des hommes, s'il manque de la sagesse qui vient de vous, il sera compté pour rien. Vous m'avez choisi pour régner sur votre peuple, et juger vos fils et vos filles. Et vous m'avez dit de bâtir un temple sur votre montagne sainte, et un autel dans la cité où vous demeurez, sur le modèle du saint tabernacle que vous avez préparé dès l'origine. Avec vous est la Sagesse qui connaît vos oeuvres, qui était là quand vous faisiez l'univers, et qui sait ce qui est agréable à vos yeux, et ce qui est juste selon vos commandements.
ange.png

Envoyez-la de vos cieux très saints, envoyez-la du trône de votre gloire, afin qu'elle m'assiste dans mes labeurs, et que je connaisse ce qui vous est agréable. Car elle connaît et comprend toutes choses, et elle me conduira avec prudence dans mes oeuvres, et me gardera par sa gloire. Et ainsi mes oeuvres vous seront agréables, je gouvernerai votre peuple avec justice, et je serai digne du trône de mon père. Quel homme, en effet, peut connaître le conseil de Dieu, ou bien peut pénétrer ce que veut le Seigneur ? Les pensées des homme sont incertaines, et nos opinions sont hasardées. Car le corps, sujet à la corruption, appesantit l'âme, et sa demeure terrestre accable l'esprit aux pensées multiples. 

Nous avons peine à deviner ce qui est sur la terre, et nous trouvons avec difficulté ce qui est sous notre main: qui donc a pénétré ce qui est dans le ciel ? Qui a connu votre volonté, si vous ne lui avez pas donné la Sagesse, et si vous n'avez pas envoyé d'en haut votre Esprit saint ? Ainsi ont été rendues droites les voies de ceux qui sont sur la terre, et les hommes ont appris ce qui vous est agréable, et ils ont été sauvés par la Sagesse. »

Livre de la Sagesse 9, 1-18

Le ministère du Seigneur

ba.png« Homme qui désire d'entrer, dès ce monde, dans le glorieux ministère du Seigneur, peins-toi donc journellement le tableau de ces eaux restauratrices que, depuis le crime, la bonté suprême n'a cessé de répandre dans les différentes époques de la postérité humaine ; car tu as assez scruté les voies de Dieu à notre égard pour savoir qu'il s'occupe non-seulement de la famille entière, mais encore de chaque homme en particulier, comme s'il n'en avait qu'un à soigner.

C'est ainsi qu'un flambeau placé au milieu d'un cercle d'homme éclaire chaque assistant de toute sa lumière. C'est ainsi que le soleil montre sa face toute entière à tous les mortels qui se présentent à son aspect ; c'est ainsi que la source divine de l'admiration est universelle, et ne cherche qu'à pénétrer dans toutes les âmes qui veulent s'ouvrir à sa lumière.

Mais après avoir admiré cette source inépuisable, dont les trésors avaient été prodigués à l'homme lors de son origine, et par le contrat divin, et qui depuis sa chute se sont accumulés et s'accumulent encore continuellement autour de nous, quelle impression pénible tu éprouveras, quand, malgré ces trésors, tu verras l'homme languir dans la détresse et dans une telle privation, que sa demeure ténébreuse semble ne reposer sur deux éléments : le désespoir et la mort ! »

Louis-Claude de Saint-Martin,
Le Ministère de l'Homme-Esprit.

Du culte dû par l'homme

DSCN2510bip.png« Je ferai observer, au sujet de cette invocation qu'Adam fit au Créateur pour obtenir de lui sa réconciliation, que c'est positivement Adam qui a donné le premier une connaissance exacte à sa postérité des différentes vertus, puissances et propriétés qui étaient innées dans le Créateur, pour que cette même postérité apprît par là qu'elle n'était créée que pour combattre pour la plus grande gloire de Dieu, et qu'elle lui rendit le culte pour lequel elle a été perpétuée dans sa création. Ce culte, que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, n'est pas le même que celui qu'il aurait exigé de son premier mineur, s'il fût resté dans son état de gloire. Le culte que l'homme aurait eu à remplir dans son état de gloire n'étant établi qu'à une seule fin, aurait été tout spirituel, au lieu que celui que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, est à deux fins : l'une temporelle et l'autre spirituelle. Voilà ce qui a produit la prévarication de notre premier père. »

Martinès de Pasqually,
Traité de la Réintégration des êtres, §26.

« Cet homme était vraiment le fils de Dieu »

« Nouvel homme, si à l'exemple de ce Réparateur tu marches ainsi à ton sacrifice, et que tu aies le bonheur de l'accomplir, tu verras en toi s'opérer les mêmes prodiges qui parurent au moment où il subit la mort corporelle. Le soleil de la matière s'obscurcira, parce que ce soleil n'opère en toi que la mort de la vie, et que cet esprit qui naît en toi doit opérer la mort de la mort.

Le voile de ton temple se déchirera en deux depuis le haut jusqu'en bas, parce que ce voile est l'image de l'iniquité qui sépare ton âme de la lumière où tu as pris ton origine ; et comme en se divisant en deux parts il laisse à tes yeux un accès libre à cette lumière qui t'était inaccessible auparavant, c'est assez clairement t'indiquer que c'était la réunion de ces deux parts qui avait formé ta prison, et qui te retenait dans les ténèbres ; nouvelle image de cette iniquité que le Réparateur n'a pas craint de traverser en paraissant sur le Calvaire au milieu de deux voleurs, afin de te donner la force et les moyens de briser en toi à ton tour cette iniquité.

Ta terre tremblera, parce que le sang de l'agneau particulier qui est égorgé en toi depuis le commencement de ton monde individuel va pénétrer jusqu'aux racines et aux fondements de tout ton édifice spirituel ; et comme ce sang est pur, en tant qu'il est engendré de l'esprit, il ne pourra tomber sur ces fondements, et sur ces racines qui sont impures, sans leur occasionner une violente fermentation, et un choc dont l'ébranlement se communiquera à tout ton être.

574441_633606036658021_1316516648_2n.jpg

 

Les pierres se fendront, parce que le crime ayant tout épaissi, et comme coagulé en toi, le sang de l'esprit qui est beaucoup plus puissant que le crime, dissoudra par son approche toutes ces substances pétrifiées et les rompra, afin qu'après avoir renversé en toi le temple de Baal, il puisse se procurer par tout ton être un libre cours.

Les sépulcres s'ouvriront, et plusieurs corps des saints qui sont dans le sommeil ressusciteront, et sortant de leurs tombeaux après leur résurrection, ils viendront dans la ville sainte, et seront vus de plusieurs personnes. Tu sentiras tes substances spirituelles renaître en toi, et sortir de leurs tombeaux où elles te paraissaient ensevelies dans le sommeil de la mort ; elles reprendront leur activité, et viendront se réunir à l'action de ton esprit pour y puiser continuellement de nouvelles forces et une nouvelle vie. Elles viendront se promener dans les rues de cette Jérusalem sainte, qui a été construite en toi dès l'origine, mais dont toutes les avenues avaient été fermées par l'iniquité, et qui ne pouvaient être rendues libres que par la puissance de celui qui vient d'expirer en toi, et qui n'a pu y expirer, sans y opérer une explosion universelle.

Toutes tes autres substances qui auront été témoins de ton sacrifice seront dans l'étonnement ; et à l'image de ce centenier, et de ceux qui étaient avec lui pour garder le corps du Réparateur, elles diront : Cet homme était vraiment le fils de Dieu. Car ayant vu le tremblement de terre, et tout ce qui se passera en toi, elles seront saisies d'une extrême crainte. Il n'y a pas une portion de toi-même qui ne doive éprouver cette extrême crainte à la vue des prodiges qui s'opéreront à ton supplice, et qui ne doive dire : Cet homme était vraiment le fils de Dieu, puisque lors de la prévarication, il n'y a pas eu une portion de toi-même qui n'ait été dans une orgueilleuse sécurité, et qui n'ait refusé alors de reconnaître Dieu pour ton père. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, chant §67.