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26/05/2014

Des choses supernaturelles & supersensuelles

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« Le disciple : par quel moyen puis-je voir et entendre Dieu, puisqu'il est au dessus de la nature de la créature ?

Le Maître : lorsque tu te tiens en silence, tu es alors cela même que Dieu était avant la nature et la créature, d'où il a formé ta nature et ta créature : alors tu vois et tu entends avec ce avec quoi il voyait et entendait en toi, avant que ton propre vouloir, voir et entendre eût commencé.

Le disciple : qu'est ce qui me retient, que je ne puisse parvenir à cet état ?

Le Maître : ton propre vouloir, ton propre voir et entendre, et que tu résistes à ce d'où tu as tiré ton origine : par ton propre vouloir, tu te déromps du vouloir de Dieu, et par ton propre voir tu n'envisages que ton vouloir : ton vouloir bouche ton ouït par ta propre sensualité des choses terrestres et naturelles, il t'introduit dans un fond et t'ombrage avec que tu veux, tellement que tu ne saurais t'élever aux choses surnaturelles et supersensuelles.

Le disciple : puisque je suis dans la nature, comment puis-je parvenir par la nature dans le fond supersensuel, sans la destruction de la nature ?

Le Maître : trois chose sont nécessaires pour cela. La première, que tu adonnes ta volonté à Dieu et que tu t'abîmes dans sa miséricorde. La deuxième, que tu haïsses ta propre volonté, et que tu ne fasses point ce à quoi elle te pousse. La troisième, que tu te soumettes à la croix, afin que tu puisses soutenir les tentations de la nature et de la créature : si tu fais cela, Dieu parlera au dedans de toi et il introduira ta volonté expropriée en soi, dans le fond surnaturel ; alors tu entendras ce que Dieu parle en toi. »

Jacob Boehme, De la vie supersensuelle (1622), Charcornac, 1903. 

14/05/2014

Notre seul appui

 

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« Da quod jubes et jube quod vis. »

 Saint Augustin, Confessions, Livre X, Chapitre XXIX.

10/05/2014

Misère de l'homme

1.JPG« Rien n’est plus capable de nous faire entrer dans la connaissance de la misère des hommes, que de considérer la cause véritable de l’agitation perpétuelle dans laquelle ils passent toute leur vie. L’âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée. Elle sait que ce n’est qu’un passage à un voyage éternel, et qu’elle n’a que le peu de temps que dure la vie pour s’y préparer. Les nécessités de la nature lui en ravissent une très grande partie. Il ne lui reste que très peu dont elle puisse disposer. Mais ce peu qui lui reste l’incommode si fort, et l’embarrasse si étrangement, qu’elle ne songe qu’à le perdre. Ce lui est une peine insupportable d’être obligée de vivre avec soi, et de penser à soi. Ainsi tout son soin est de s’oublier soi-même, et de laisser couler ce temps si court et si précieux sans réflexion, en s’occupant de choses qui l’empêchent d’y penser.
[…]
J’ai souvent dit, que tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas se tenir en repos dans une chambre.
[…]
2.jpgMais quand j’y ai regardé de plus près, j’ai trouvé que cet éloignement que les hommes ont du repos, et de demeurer avec eux-mêmes, vient d’une cause bien effective, c’est-à-dire du malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne nous peut consoler, lorsque rien ne nous empêche d’y penser, et que nous ne voyons que nous. Je ne parle que de ceux qui se regardent sans aucune vue de Religion. Car il est vrai que c’est une des merveilles de la Religion Chrétienne, de réconcilier l’homme avec soi-même, en le réconciliant avec Dieu ; de lui rendre la vue de soi-même supportable ; et de faire que la solitude et le repos soient plus agréables à plusieurs, que l’agitation et le commerce des hommes. Aussi n’est-ce pas en arrêtant l’homme dans lui-même qu’elle produit tous ces effets merveilleux. Ce n’est qu’en le portant jusqu’à Dieu, et en le soutenant dans le sentiment de ses misères, par l’espérance d’une autre vie, qui l’en doit entièrement délivrer. Mais pour ceux qui n’agissent que par les mouvements qu’ils trouvent en eux et dans leur nature, il est impossible qu’ils subsistent dans ce repos qui leur donne lieu de se considérer et de se voir, sans être incontinent attaqués de chagrin et de tristesse. L’homme qui n’aime que soi ne hait rien tant que d’être seul avec soi. Il ne recherche rien que pour soi, et ne fuit rien tant que soi ; parce que quand il se voit, il ne se voit pas tel qu’il se désire, et qu’il trouve en soi-même un amas de misères inévitables, et un vide de bien réels et solides qu’il est incapable de remplir.
[…]

3.jpg

Les hommes ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au dehors, qui vient du ressentiment de leur misère continuelle. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de leur première nature, qui leur fait connaître, que le bonheur n’est en effet que dans le repos. Et de ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confus, qui se cache à leur vue dans le fonds de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l’agitation, et à se figurer toujours, que la satisfaction qu’ils n’ont point leur arrivera, si, en surmontant quelques difficultés qu’ils envisagent, ils peuvent s’ouvrir par là la porte au repos. Ainsi s’écoule toute la vie. On cherche le repos en combattant quelques obstacles ; et si on les a surmontés, le repos devient insupportable. Car, ou l’on pense aux misères qu’on a, ou à celles dont on est menacé. Et quand on se verrait même assez à l’abri de toutes parts, l’ennui de son autorité privée ne laisserait pas de sortir du fonds du cœur, où il a ses racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin.
[…]
Ainsi par un étrange renversement de la nature de l’homme, il se trouve que l’ennui qui est son mal le plus sensible est en quelque sorte son plus grand bien, parce qu’il peut contribuer plus que toute chose à lui faire chercher sa véritable guérison ; et que le divertissement qu’il regarde comme son plus grand bien est en effet son plus grand mal, parce qu’il l’éloigne plus que toute chose de chercher le remède à ses maux. Et l’un et l’autre est une preuve admirable de la misère, et de la corruption de l’homme, et en même temps de sa grandeur ; puisque l’homme ne s’ennuie de tout, et ne cherche cette multitude d’occupations que parce qu’il a l’idée du bonheur qu’il a perdu ; lequel ne trouvant pas en soi, il le cherche inutilement dans les choses extérieures, sans se pouvoir jamais contenter, parce qu’il n’est ni dans nous, ni dans les créatures, mais en Dieu seul. » 

Blaise Pascal, Pensées, Desprez, 1670, « Misère de l'homme ».