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30/03/2014

La Voie de la Sagesse

SN3.JPG« Quelle tâche plus immense que celle de nous rendre les images mêmes de ce principe premier, et cependant comment le faire connaître, si nous n'en présentons en nous que des images défigurées ? Quel emploi, dis-je, plus vaste et plus utile, pouvons-nous faire de nos facultés, que de nous occuper, sans cesse, à les rendre semblables à celle de l'être donc nous descendons.

La première, et, sans doute, la plus essentielle des vertus dont cet être premier nous fournisse le modèle, est cet amour inépuisable par lequel il soutient et vivifie sa créature, malgré qu'elle s'abandonne à la corruption de sa volonté déréglée, et qu'elle agisse sans cesse contre son propre bien. En un mot, l'amour de cet être premier est tellement illimité et dominant sur toutes ses autres vertus, qu'il nous en fait sentir les effets comme malgré nous, et lors même que nous employons tous nos efforts à les éloigner. C'est même-là où nous apprenons combien cet amour doit être indulgent, tolérant et miséricordieux, puisqu'il doit aller jusqu'à chérir ceux qui nous contrarient et nous molestent le plus, à l'image de ce principe dont l'amour est inépuisable et régénère sans cesse sa créature, en purifiant continuellement les souillures qu'elle se fait à elle-même par ses outrages contre ce principe.
[...]
sn4.JPGVoilà, mes frères, la seule voie dont nous disposions, et qui, en effet, est continuellement dans nos mains, c'est cette union intime par laquelle nous représenterons l'amour que notre Créateur a pour nous ; c'est cette vive charité qui nous rendra mutuellement compatissants pour nos misères ; c'est enfin cette véritable terre sur laquelle la Sagesse ensemence avec profusion tous ses dons, quand elle la trouve bien préparée, et par conséquent, c'est-là ce champ immense où doivent germer toutes les vertus du principe divin, que nous sommes venus tous pour manifester sur la terre. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Les Voies de la Sagessein Œuvres posthumes, Tours, Letourmy, 1807.

 

 

 

18/03/2014

De la doctrine de la Vérité

01.png« Ô Vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour éternel ! Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre ; en vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux. Que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures soient dans le silence devant vous : parlez-moi vous seul.

Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de l'intelligence. Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n'est jamais dissipée au milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout pour honorer Dieu et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien. Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections immortifiées de votre cœur ?

L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au-dedans de lui tout ce qu'il doit faire au-dehors ; il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d'une inclination vicieuse mais il les soumet à la règle d'une droite raison. Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre ? C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement : combattre contre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le bien. Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection : et nous ne voyons rien qu'à travers une certaine obscurité. L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science. Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d'aucune chose ; car elle est bonne en soit, et dans l'ordre de Dieu ; seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie sainte. Mais, parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail.
[…]
Oh ! Que la gloire du monde passe vite ! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur science ! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit. Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par l'oubli du service de Dieu ! Et parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles, ils s'évanouissent dans leurs pensées. (Rm I, 21). Celui-là est vraiment grand qui a une grande charité. Celui-là est vraiment grand qui est petit à ses propres yeux, et pour qui les honneurs du monde ne sont qu'un pur néant. Celui-là est vraiment sage qui, pour gagner Jésus-Christ, regarde comme de la boue toutes les choses de la terre. (Ph 3, 8) Celui-là possède la vraie science qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne. »

Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, « De la doctrine de la Vérité ».

09/03/2014

Le Séraphin de l'âme

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« Le neuvième [ordre]1 contient les profondes respirations en Dieu, les extensions et écoulements supra-intellectuels, les fervents éclairs et les ferveurs d'éclair, toutes choses de l'ordre des sorties élevées et des hauteurs excessives auxquelles ne peut s'élever l'intelligence, mais uniquement l'affection principale, seule capable de s'unir à Dieu. »

Thomas Gallus, Commentaires du Cantique des Cantiques, 2ème commentaire.

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[1]. Celui des Séraphins. Thomas Gallus utilise la hiérarchie angélique du Pseudo-Denys l'Aréopagite (cf Le Livre de la Hiérarchie céleste) pour décrire le cheminement de l'âme à Dieu.

05/03/2014

La Prière du coeur

coeur.jpg« Le sens propre de la prière du cœur, pour Saint-Martin, le fruit de l'oraison intérieure, est précisément situé dans l'accomplissement de ce quasi « envahissement » divin dont nous sommes l'objet, par la surprenante arrivée, dans notre fond, de l'Incréé, de ce qui dépasse tout entendement et toute raison, c'est-à-dire du Verbe éternel qui vient prononcer son inestimable Parole au centre de notre centre, dans ce Sanctuaire où seul doit régner le désir de Dieu. Que nous découvre Saint-Martin qui soit si pénétrant et stupéfiant pour éprouver, à ce point, l'homme de désir, et le faire quelque peu chanceler ? Tout simplement, que lorsque « nous avons le bonheur de parvenir à ce sublime abandon, le Dieu que nous avons obtenu par son nom, selon sa promesse, ce Dieu qui se prie lui-même en nous, selon sa fidélité et son désir universel, ce Dieu qui ne peut plus nous quitter, puisqu'il vient mettre son universalité en nous, ce Dieu, dis-je, ne fait plus de nous que comme habitacle de ses opérations »1. »

Jean-Marc Vivenza, La Prière du cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin dit le Philosophe Inconnu, « Le sublime Abandon », Arma Artis, 2007.

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[1] Louis-Claude de Saint-Martin, La Prière, in Œuvres posthumes.