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28/02/2014

La juste demande

Saltzmann, salzmann, Martinisme, Saint-martinisme, Metz, Louis-Claude de Saint-Martin, Ministère de l'Homme-Esprit« Lorsque, depuis la chute, nous demandons l'accomplissement de la volonté divine, cette demande a un sens très-profond en même temps très-naturel, puisque c'est demander que le contrat divin reprenne toute sa valeur, que tout ce qui est désir et volonté provenant de Dieu vienne à son terme ; et, par cette raison, c'est demander que l'âme de l'homme refleurisse de nouveau dans son désir vrai, et dans sa volonté originelle qui la ferait participer au développement du désir et de la volonté de Dieu, de façon que nous ne pouvons demander à l'Agent suprême que sa volonté arrive, sans demander, par cette prière, que toutes les âmes des hommes soient remises dans la jouissance de leur primitif élément, et en état d'être réintégrées dans le ministère de l'Homme-Esprit.

Remarquons ici que dans les prières que Dieu a conseillées aux hommes, il ne leur dit point de lui demander des chose qui ne puissent être accordées à tous ; il a soin, au contraire, de ne leur promettre que ce qui est compatible avec son universelle munificence, laquelle à son tour se rapporte toujours à leurs universels besoins, et à son universelle gloire. Lorsque nous demandons à Dieu des choses particulières, et qui ne peuvent pas être données également à tous nos semblables, comme les biens, les emplois, les dignités, nous manquons essentiellement à la loi.
[...]

Au contraire, cela prouve que nous devons sans cesse lui demander les chose du monde réel et infini où nous sommes nés, parce qu'il ne peut rien venir de ce monde-là sur un seul homme, que la voie ne s'ouvre par-là pour en faire venir autant sur tous les autres. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le Ministère de l'Homme-Esprit, « De l'Homme ».

21/02/2014

L'Oraison : de l'Amour à l'Inconnaissance

 

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Celui qui tient son esprit solidement fixé dans l'amour de Dieu méprise tout le visible et son corps même, comme s'il appartenait à autrui.
[...]
Le chemin de la connaissance, c'est la liberté intérieure et l'humilité. Sans elles, on ne verra jamais le Seigneur.
[...]
Veux-tu devenir maître de tes pensées ? Surveille tes passions, chasse-les constamment de ton esprit, loin de tes pensées. Ainsi, contre la luxure, jeûne, veille, fais des travaux pénibles, isole-toi ; contre l'irritation et la tristesse, méprise la gloire, l'obscurité, les objets matériels ; contre le ressentiment, prie pour celui qui t'a offensé, et tu seras délivré.
[...]
La charité, et la maîtrise de soi délivrent l'âme des passions, la lecture et la contemplation dégagent l'esprit de l'ignorance ; l'état d'oraison l'établit en Dieu même.
[...]
Chasse de ton esprit, à l'heure de l'oraison, jusqu'aux simples représentations des réalités humaines et aux images de toutes les créatures. Sinon, l'imagination occupée d'objets de moindre importance, tu perdras Celui qui leur est incomparablement supérieur à tous.
[...]
Le plus haut état de la prière, dit-on, c'est lorsque l'esprit sort de la chair et du monde et, dans l'acte de la prière, perd toute matière et toute forme. Se maintenir sans défaillance en cet état, c'est en réalité prier sans cesse.
[...]
L'esprit est parfait, quand grâce à une foi véritable, il possède dans la super-ignorance la super-connaissance du Super-inconnaissable.

Saint Maxime le Confesseur, Centuries sur la Charité.

 

20/02/2014

Du Saint Abandon

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« La volonté de la créature avec toute sa raison & ses désirs doit entièrement s'enfoncer en soi-même, comme un enfant indigne d'une si grande grâce, ne s'attribuant aucune volonté ni intelligence dans l'ipséité créaturelle ; mais se plongeant tout simplement dans l'amour & dans la grâce de Dieu en Jésus Christ doit désirer, que sa raison & l'ipséité soit comme morte dans la vie de Dieu, s'abandonnant entièrement à la vie & à l'amour de Dieu, afin qu'il en dispose comme avec son instrument pour tout ce qu'il lui plaira, & de la manière qu'il trouvera à propos.

saltzmann, salzmann, martinisme, saint martinisme, metz, jacob boehme, Jakob Böhme, chemin pour aller à christ, abandon La raison propre ne doit se proposer de feindre quelque chose dans les principes humains, ni dans les choses divines, elle ne doit aussi désirer & vouloir autre chose, que la seule grâce de Dieu en Christ, de la même manière qu'un enfant s'attache continuellement au sein de sa mère ; il faut aussi de même avoir continuellement faim de l'amour de Dieu, sans s'en laisser jamais détourner ; lorsque la raison extérieure triomphe dans la lumière, & qu'elle dit : j'ai le véritable enfant ; il faut que la volonté des désirs l'humilie jusqu'à terre, & l'introduise dans la plus profonde humilité & simple ignorance, disant : tu es folle, tu n'as rien que la grâce de Dieu, tu dois t'en envelopper avec l'humilité la plus profonde & t'anéantir en toi-même, tu ne dois ni te connaître ni t'aimer ; tout ce que tu es en toi, & tout ce que tu as, doit être réputé un néant, un simple instrument de Dieu, & tu dois introduire tes désirs uniquement dans la miséricorde de Dieu, en sortant de tout ton propre savoir & de ta propre volonté, & les réputant aussi comme de purs néants, & ne former plus aucune autre volonté ni de près ni de loin pour y rentrer. »

Jacob Boehme, Le Chemin pour aller à Christ, « De la véritable Equanimité, dit l'Abandon ».

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Chapitre Jacob Boehme, à l'orient de Toulon : http://chapitre-jacob-boehme.hautetfort.com

19/02/2014

Du détachement à l'union

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« Je m'effraie souvent, quand je dois discourir de Dieu, à quel point de détachement il faut que soit l'âme qui veut parvenir à l'union. En cela, personne ne doit se l'imaginer impossible ; il n'est rien d'impossible à l'âme qui là a la grâce de Dieu. Il n'est jamais rien de plus facile à un homme qu'à l'âme qui a la grâce de Dieu de laisser toutes choses. Je dis plus : pour un homme jamais rien non plus n'est plus facile à faire que pour l'âme qui a la grâce de Dieu de laisser toutes choses. […] Or notez ! Nulle part Dieu n'est proprement Dieu que dans l'âme. En toutes créatures, il est quelque chose de Dieu, mais dans l'âme Dieu est divinement, car elle est son lieu de repos. […] Il veut par là nous attirer en soi-même, en sorte que nous soyons purifiés, qu'il nous place par là dans soi-même, pour qu'il puisse nous aimer en lui et s'aimer en nous avec lui-même.
[…]
Pour que nous suivions si bien Dieu qu'il puisse nous placer en soi, afin que nous nous trouvions unis à lui, qu'il puisse nous aimer avec lui-même, qu'à cela Dieu nous aide. Amen. »

Maître Eckhart, Les Sermons, Sermon §73.

18/02/2014

Apatheia

echelle.png« Voici que, malgré mon ignorance profonde, malgré les ténèbres épaisses que mes passions répandent sur mon esprit, malgré enfin les ombres de la mort de mon corps, j'ai la témérité et la hardiesse de parler du ciel terrestre. Or si les étoiles sont le superbe ornement du firmament, les vertus sont celui de la tranquillité du cœur. C'est pour cette raison que je pense et dis que la paix ou la tranquillité de l'âme n'est rien d'autre sur la terre qu'un véritable ciel dans lequel une âme qui le possède, ne considère plus les ruses et la méchanceté des démons que comme des jeux et de vains amusements. 

Il est donc vraiment délivré et maître en même temps de tous les troubles et de toutes les agitations de son âme, l'homme qui a purifié sa chair de toute sorte de taches et de souillures, et qui, par ce moyen, l'a rendue, en quelque façon, incorruptible; qui a su élever ses affections et ses sentiments au dessus des choses créées, et soumettre tous ses sens à l'empire de la raison et de la foi ; qui enfin, par une force surnaturelle, a pu placer son âme face à face devant Dieu et la lui consacrer avec une délicieuse confiance.  […]

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Or les personnes auxquelles Dieu a daigné accorder cette grâce si sublime, quoique revêtues d'une chair fragile, deviennent et sont des temples vivants de la Divinité, qui les dirige et les conduit dans leurs paroles, leurs actions et leurs pensées, et qui, par les lumières abondantes dont elle éclaire leur esprit, leur fait exactement connaître quelle est son adorable Volonté; et, supérieures à toutes les instructions des hommes, ces âmes fortunées s'écrient dans les sentiments d'un ravissement céleste : « Mon âme est toute brûlante de soif pour mon Dieu, qui est le Dieu fort et vivant; quand viendrai-je et quand paraîtrai-je devant la Face de mon Dieu ? » (Ps 41,3) ; et elles ajoutent : « Je ne peux plus supporter la violence du désir qui me presse ; ô mon Dieu, je désire, je cherche et je demande cette beauté immortelle que Tu m'avais donnée avant cette chair de boue. »
[…]
Soyez bien persuadés que cette paix est, en quelque sorte, la cour et le palais du Roi des cieux : or dans ce palais comparable à une grande cité, il y a différentes habitations pour les âmes justes : le mur qui entoure cette nouvelle Jérusalem, c'est la rémission de nos péchés. Courons donc, ô mes frères, arrivons jusqu'au lit qui nous est préparé dans ce palais céleste : nous devons y trouver un repos parfait. »

Saint Jean Climaque, L’Échelle sainte, vingt-neuvième degré.

16/02/2014

La Vérité pour guide

Saltzmann, salzmann, martinisme, saint-martinisme, saint-martin, ecce homo, vérité, la voie, la vie,« Il faut que les entraves matérielles de tous les hommes se déroulent ainsi et que les jugements qu'ils auront mérités soient découverts et exposés à la face de toutes les régions, afin que toutes les nations, connaissant le poison qui nous infecte, puissent dire avec horreur et mépris en nous voyant : Ecce Homo. Ce n'est qu'alors que le règne glorieux pourra descendre librement jusque dans le cœur de l'homme, ce n'est qu'alors que sans s'abuser, l'homme pourra aspirer à être renouvelé, parce que ce n'est que lorsque ce titre d'Ecce Homo et les jugements qui lui sont dus seront ainsi inscrits dans toutes les régions de l'univers, que la justice sera entièrement satisfaite.

S'il est vrai que ce qui se passera alors pour l'homme universel doit se passer dès à présent pour chacun de vous en particulier, quel est celui qui pourra donc avancer dans cette carrière ? Vous ne pouvez plus en douter ; c'est celui qui n'aura pas mis sa confiance dans les voies abusives des nations, qui sentant en lui-même la dignité de sa propre essence, se tournera exclusivement vers la source d'où il descend, comme étant la seule où il puisse être engendré de nouveau et qui se défiant de toutes ces espérances qui flattent sa paresse, ou son orgueil, ne se laissera point séduire par toutes les images ou par toutes les œuvres figuratives que l'ignorance et les ténèbres s'efforcent universellement de substituer à la place de celui qui seul est la Voie, la Vérité et la Vie et que nul être ne peut remplacer. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, §VIII.

 

 

14/02/2014

« Nous t'attendons »

 

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« Tu as dit une fois : « si quelqu'un est seul, je suis avec lui. Ôte la pierre et tu me trouveras, entaille le bois et je suis là. » Mais pour te découvrir dans la pierre et dans le bois, il faut la volonté de te chercher, la capacité de te voir. Et aujourd'hui la plupart des hommes ne veulent pas, ne savent pas te trouver. Si tu ne fais sentir ta main sur leur tête et entendre ta voix dans leur cœur, ils continueront à ne chercher qu'eux-mêmes, sans se trouver, car nul ne se possède s'il ne te possède. Nous te prions donc, Christ, nous les renégats, les coupables, nés à contre-temps, nous qui nous souvenons encore de toi, et nous efforçons de vivre avec toi, mais toujours trop loin de toi, nous les derniers, les désespérés, les rescapés des périples et des précipices, nous te prions de revenir encore une fois parmi les hommes qui t'ont mis à mort, parmi les hommes qui continuent à te mettre à mort, pour nous redonner à nous tous, meurtriers dans les ténèbres, la lumière de la vraie vie.
[…]

La grande expérience touche à sa fin. Les hommes, en s'éloignant de l'Evangile, ont trouvé la désolation et la mort. Plus d'une promesse et d'une menace s'est vérifiée. Désormais nous n'avons, nous les désespérés, que l'espérance de ton retour. Si tu ne viens pas réveiller les dormants pelotonnés dans la gadoue puante de notre enfer, c'est signe que le châtiment te paraît encore trop court et trop léger pour notre trahison et que tu ne veux rien changer à l'ordre de tes lois. Et que ta volonté soit faite maintenant et toujours, sur la terre comme au ciel.

Mais nous, les derniers, nous t'attendons. Nous t'attendrons jour après jour, en dépit de notre indignité et contre tout impossible. Et tout l'amour que nous pouvons exprimer de nos cœurs dévastés sera pour toi, Crucifié, qui fus tourmenté pour l'amour de nous et qui maintenant nous tourmentes de toute la puissance de ton implacable amour. »

Giovanni Papini, Histoire du Christ, « Prière au Christ ».

08/02/2014

De la sainte Ignorance

222.jpg« Il est extrêmement difficile pour un savant de renoncer entièrement à tout ce qu'il a appris et de se laisser conduire et guider, en cela semblable à un enfant ignorant, par l'Esprit. Jésus dit explicitement : « si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous ne pourrez pas entrer dans le royaume de Dieu. » Les enfants sont ignorants et réceptifs à l'enseignement [de l'Esprit]. Celui qui se tient pour érudit, celui-là n'est pas réceptif ; il Lui résiste s'il ne coïncide pas à ses idées déjà acquises, et ne peut s'abandonner à la contemplation de l'Esprit. Il faut apparaître devant Dieu semblable à un tableau blanc, sur lequel l'Esprit pourra écrire ce qu'Il veut. C'est pourquoi Jésus n'a pris aucun apôtre parmi les savants ; car l'enseignement de l'Esprit ne peut se mêler aux conceptions savantes de la raison, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui où l'enseignement est défiguré malgré de sincères enseignants. Et l'histoire de l'Eglise le prouve, les hérésies et autres erreurs sont venues par les docteurs en Religion, qui voulaient expliquer les mystères de la foi par la raison. 

Seul ce qui provient de l'esprit est esprit, et donne la vie et l'immortalité. Ce qui provient de la chair, provient de la raison - ou de ce qui est inférieur -, est chair, éphémère et mortel. Considérons les mots de conception et de naissance qu'utilise Jésus, ils symbolisent un total changement, la création de l'âme et du corps. Car, qu'il le veuille ou non, l'homme ne vient pas sur terre avec sa seule âme mais avec l'âme et le corps comme deux parties de son être, aussi doit-il renaître selon l'âme et le corps, faits de l'Esprit et de l'eau, pour qu'advienne une nouvelle personne. »

Frédéric-Rodolphe Saltzmann, Esprit et Vérité ou la Religion des Élus (1816).

07/02/2014

« N'être rien ! ... et saisir et juger la lumière ! ... »

« J'aime à porter mes pas dans l'asile des morts. 
Là, mourant au mensonge, il me faut moins d'efforts 
Pour comprendre leur langue et saisir leur pensée, 
Car les morts ne l'ont pas, cette idée insensée, 
Que tout s'éteint dans l'homme. En eux, tout est vivant. 
Pour eux, plus de silence. Auprès d'eux l'on entend 
Les sanglots du pécheur ; les fureurs de l'impie; 
Les cantiques du sage ; et la douce harmonie 
De ceux dont l'amitié, le zèle et la vertu 
N'ont formé qu'un seul cœur pendant qu'ils ont vécu.

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Homme, c'est ici-bas qu'il a pris la naissance, 
Ce néant où l'on veut condamner ton essence ; 
Et c'est ta propre erreur qui lui sert de soutien. 
Tu sais tout ! Tu peux tout ! Et tu peux n'être rien ! ... 
N'être rien ! ... et saisir et juger la lumière ! ... 
Laisse à l'homme égaré ces rêves de la terre : 
Nous n'étions qu'assoupis dans nos corps ténébreux. 
Quand le temps nous arrache à leurs débris fangeux, 
L'heure qui nous réveille est une heure éternelle. 
Oh ! Juste, quels transports ! quelle splendeur nouvelle !
Tu prends un autre corps, au creuset du tombeau ;
Un vif éclat, toujours plus brillant et plus beau ;
Un cœur même plus pur. Ainsi quand j’évapore
Ces fluides grossiers où le sel est captif,
Son feu reprend sa force, et devient plus actif. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le cimetière d’Amboise.

 

 

04/02/2014

L'accomplissement du temps

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« Un écrit dit : Le plus grand don est que nous soyons enfant de Dieu et qu'il engendre en nous son Fils. Ne doit rien engendrer dans soi l'âme qui veut être enfant de Dieu et en qui le Fils de Dieu doit se trouver engendré, dans elle rien d'autre ne doit s'engendrer. Jamais rien ne le satisfait que d'engendrer son Fils en nous. L'âme non plus ne se satisfait d'aucune façon que le Fils de Dieu ne se trouve engendré dans elle. Et là bondit la grâce. La grâce se trouve là infusée. La grâce n'opère pas ; son œuvre, c'est son devenir. Elle flue hors de l'être de Dieu et flue dans l'être dans l'âme, et non dans les puissances. Lorsque le temps fut accompli, alors la grâce se trouve engendrée. Quand y a-t-il accomplissement du temps ? Lorsqu'il n'y a plus de temps. Qui dans le temps a établi son cœur dans l'éternité, et pour qui toutes choses temporelles sont mortes, c'est là l'accomplissement du temps. J'ai dit une fois : Il ne se réjouit pas en tout temps celui qui se réjouit dans le temps. Saint Paul dit : « Réjouissez-vous en Dieu en tout temps. » Il se réjouit en tout temps celui qui se réjouit par-delà le temps et hors du temps. »

Maître Eckhart, Les Sermons, Sermon §11.

03/02/2014

La profondeur de l'âme

dd.pngLà, [l'âme] ne prie pas plus qu'elle ne priait avant qu'elle ne soit. Elle reçoit ce qu'elle a de la bonté divine, du cœur de son amour, de ce noble Loin-Près. Elle ne se préoccupe de rien, ce qu'elle aime le plus est aussi bien ce qu'elle déteste le plus : tel est son monde ; il n'y a pas de plus, de moyen ou de moins en son amour, et c'est pourquoi elle ne s'attriste de rien qui lui arrive. Elle est d'une profondeur sans fond, et donc elle n'a pas de lieu propre ; et si elle n'a pas de lieu propre, elle n'a pas non plus d'amour-propre. Toute parole, toute œuvre lui sont interdites dans l'être simple de la divinité, comme cela fut autrefois prescrit par Jésus-Christ, Fils de Dieu. Elle est au point qu'elle n'a pas de matière à bien faire ; d'où il suit qu'elle n'a pas non plus matière à faire mal, car Amour lui donne tout, l'acquitte auprès de son prochain.

"Il est juste, dit-elle, que tout me sois soumis : puisque tout a été fait pour moi, je reçois tout comme à moi, sans interdit. Et pourquoi pas ? Vous m'avez aimée, vous m'aimez et vous m'aimerez de tout votre puissance en tant que Père, de toute votre sagesse en tant que Frère, de toute votre bonté en tant que Bien-Aimé ; et jamais vous ne fûtes, cher Père, cher Frère, cher et Bien-Aimé, ne serait-ce qu'un instant, sans que je sois ainsi aimée de vous : je puis donc bien dire que vous n'aimez personne plus que moi ! Car tout comme votre bonté ne pourrait souffrir que votre humanité, que celle qui l'a engendrée, que les anges et que les saints ne reçoivent point la gloire de votre éternelle bonté, elle ne pourrait pas non plus souffrir que je reçoive la peine et les tourments dont je suis digne ; et je reçois ainsi sans cesse votre miséricorde à la mesure même de votre puissance en tout ce que je devrais subir." »

Marguerite Porete, Le Miroir des âmes simples et anéanties, « Comment toute œuvre est défendue à l'âme anéantie ».

L'abîme de la Ténèbre

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« Pour que l'esprit contemple Dieu par Dieu, sans intermédiaire, en cette lumière divine, il faut nécessairement trois choses.

Premièrement, il faut que l'homme soit bien réglé, au dehors, en toutes les vertus et sans obstacles au dedans, et vide de toute œuvre extérieure, comme s'il n'agissait pas, car si son oisiveté est troublée au dedans par quelque acte de vertu, il a des images et, tant qu'elles durent en lui, il ne peut contempler.

En deuxième lieu, il doit intérieurement adhérer à Dieu, par la jonction de l'intention et de l'amour, comme un feu flamboyant, qui ne peut jamais plus être éteint. Au moment où il se sent en cet état, il peut contempler.

En troisième lieu, il doit s'être perdu en une absence de mode, et en une Ténèbre où tous les contemplateurs se sont égarés en jouissant, et ne peuvent jamais se se retrouver selon le mode des créatures. En l'abîme de cette Ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même, commencent la manifestation de Dieu et la vie éternelle. »

Jean de Ruysbroeck, L'Ornement des noces spirituelles, « La Vie de contemplation ».

L'Eglise intérieure

 

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« C'est ainsi que, de tout temps, il y a eu une assemblée intérieure, la société des élus, la société de ceux qui avaient le plus de capacité pour la lumière et qui la cherchent ; et cette société intérieure était appelée le sanctuaire intérieur ou l'Eglise intérieure.Tout ce que l'Eglise extérieure possède en symboles, cérémonies et rites, est la lettre dont l'esprit et la vérité sont dans l'Eglise intérieure. Ainsi l'Eglise intérieure est une société dont les membres sont dispersés dans le monde entier mais qu'un esprit d'amour et de vérité lie dans l'intérieur, et qui de tout temps fut occupée à bâtir le grand temple pour la régénération de l'humanité, par laquelle le règne de Dieu sera manifesté. Cette société réside dans la communion de ceux qui ont le plus de réceptivité pour la lumière, ou des élus.

Ces élus sont liés par l'esprit et la vérité, et leur chef est la Lumière du Monde même ; Jésus-Christ, Point de la lumière, le médiateur unique de l'espèce humaine, la Voie, la Vérité et la Vie ; la lumière primitive, la sagesse, l'unique medium par lequel les hommes peuvent revenir à Dieu. L'Eglise intérieure naquit tout de suite après la chute de l'homme, et reçut de Dieu immédiatement la révélation des moyens par lesquels l'espèce humaine tombée sera réintégrée en sa dignité, et délivrée de sa misère. Elle reçut le dépôt primitif de toutes les révélations et mystères ; elle reçut la clef de la vraie science, aussi bien divine que naturelle. »

Karl von Eckartshausen, La Nuée sur le Sanctuaire, « 2ème lettre ».

 

 

02/02/2014

« Le véritable serviteur et ami de Dieu n'est jamais sans souffrances ici-bas »

Sans titre 4.png« Il est rare qu'un vrai pauvre d'esprit n'ait pas à souffrir, d'une manière ou d'une autre : quelque chose l'éprouve toujours. S'il en était autrement, il ne persévérerait pas dans le chemin de la vertu et la voie du ciel : il lui faut des forces pour avancer, et ces forces, il les puise dans la souffrance. Quand la souffrance manque, les forces manquent. Voilà pourquoi, les bons ont nécessairement à souffrir, que ce soit ouvertement ou dans le secret de leur cœur. »

Jean Tauler, Le Livre de la pauvreté spirituelle, « le juste est soumis à quatre sortes de souffrances », Arfuyen, 2012.

Le bon usage de la raison

d.png« C'est cette liaison intime de l'homme avec la vérité par essence qui abreuve l'âme des eaux délicieuses de l'intelligence, et sans lui faire chercher son bonheur à voir des images, elle lui prouve la jouissance de réalités dont la série est éternelle, et qui dès lors se varient sans cesse. Et pendant que le corps, assujetti à des changements continuels, au dépérissement et à la dissolution du sensible, s’approche de sa fin, elle lui fait trouver une nouvelle vie dans cet être simple dont le corps n’est que l'enveloppe grossière. Pendant que celui-ci dépérit, l’autre se fortifie ; pendant qu’il se décompose, l'autre s'accroît ; pendant que l'un n'agit plus qu'avec peine, l'autre a pris de nouvelles ailes comme l’aigle ; pendant que l'un souffre, l'autre est dans la joie ; pendant enfin que l'un meurt, l'autre commence à vivre. C’est par le bon usage de sa raison que l'on parvient à cette vie heureuse, seule digne de captiver l'homme. En suivant ces principes, la découverte d'une vérité et surtout une bonne œuvre sont supérieures à toutes communications possibles. » 

Louis-Claude de Saint-Martin, Traité des communications

La lumière éternelle

b.jpg« Avant que, dans le temple de notre coeur, la lumière éternelle se rallume définitivement, avant que le Christ y naisse, il faut que notre moi soit devenu une Vierge semblable à la triomphatrice du Serpent. Réparer le mal commis, se sacrifier, souffrir, se taire, s'appauvrir, s'humilier, apprendre l'oraison, voilà les écoles qu'il doit suivre au préalable. Alors notre personnalité se clarifie comme les murs de la Jérusalem céleste ; notre volonté s'affermit comme la tour d'ivoire, la tour de David, la maison d'or des litanies ; notre intellect devient le trône de la Sagesse, comme le Saint-Esprit prépara le corps et l'âme de Marie pour en faire le trait d'union entre le ciel et la terre, Il disposa également en nous notre moi, pour que la lumière descende jusqu'à notre vie physique et que, de là, elle rayonne tout autour sur le monde matériel. Et sur la tige de ce moi fleurit enfin la merveilleuse rose mystique promise à l'Époux, que tous les sages ont prévue et tous les prophètes célébrée. »

Sédir, L'Enfance du Christ, « La Vierge ».

Le mercenaire de la Sagesse

 

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« Rends-toi serviteur de la Sagesse ; apprends longtemps sous ses ordres à être humble et actif. Suis-la modestement ; tiens-toi toujours à une juste distance, d'où, en lui marquant ton respect, tu sois prêt en même temps à entendre ses ordres au moindre coup d'oeil. Quand tu entres dans la maison, ne songe qu'à deviner ses désirs et qu'à les satisfaire. Préviens-la dans tout ce qui peut lui plaire ; ne lui laisse supporter aucun besoin, aucune incommodité. Quand la journée sera finie, pense à lui continuer les mêmes services pour le lendemain. Sois sur pied avant le lever du soleil, fais en sorte que quand elle se montrera le matin à ses serviteurs, elle trouve tout en état dans sa maison. Ce n'est que par ces attentions soutenues et multipliées, qu'elle te distinguera parmi ses serviteurs, et qu'elle t'assurera des récompenses qui puissent te suffire dans tes vieux jours. N'oublie point que l'homme est fait pour être le mercenaire de la Sagesse, et que c'est le plus beau titre qu'il puisse porter. »

Louis-Claude de Saint-Martin, L'Homme de Désir, chant §267.

01/02/2014

L'amitié spirituelle

 

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« Quand l'amitié est vraiment spirituelle, elle fortifie l'amour de Dieu à proportion qu’elle croit ; et plus on y pense, plus on se souvient de Dieu, plus on désire de le posséder ; de sorte que les accroissements se font également des deux côtés. C'est le propre de l'esprit divin d'ajouter bien sur bien, et d'augmenter l'un par l'autre, à cause de la conformité et de la ressemblance qui se trouvent entre eux. »

Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure, chapitre IV.

De la connaissance à l'inconnaissance

 

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« Veille bien à ce que rien, sinon Dieu, ne reste dans ton intelligence et ta volonté ; tâche de supprimer la connaissance et le sentiment de tout ce qui n'est pas Dieu, et cherche à les refouler bien loin sous le nuage de l'oubli.
Mais ce qu'il te faut comprendre, c'est que, dans cette œuvre, il ne suffit pas d'oublier toutes les créatures avec leurs œuvres et même tes œuvres propres : tu dois de plus t'oublier toi-même comme toutes tes œuvres pour Dieu.
Telle est la condition de celui qui aime parfaitement ; non seulement il aime plus que lui-même celui qui est l'objet de son amour, mais il se hait en quelque sorte à cause de cet objet.

Ainsi dois-tu faire. Il faut que tu prennes en dégoût et trouves fastidieux tout ce qui, dans ton intelligence et ta volonté, n'est pas Dieu ; tout le reste, quoi qu'il soit, ne peut que s'interposer entre toi et ton Dieu. Et il n'est pas extraordinaire que tu doives prendre en dégoût et en aversion la pensée de toi-même, puisqu'elle te ramènera toujours au péché, à cette masse hideuse et fétide, tu ne sais trop quoi, qui se place entre toi et ton Dieu. Mais cette masse n'est autre que toi-même, puisque tu constates qu'elle ne fait qu'un avec ta propre substance et y adhère, comme si elle ne pouvait jamais en être séparée. 
Applique-toi à détruire toute connaissance et tout sentiment des créatures, mais surtout de toi-même.

C'est de la connaissance et du sentiment de ton être propre que dépendent ceux des autres créatures, et si tu peux réussir à t'oublier toi-même, tu oublieras plus facilement ces autres créatures. Fais-en sérieusement l'essai ; tu trouveras qu'après avoir perdu le souvenir de toutes les créatures et de leurs œuvres, et même de tes propres actions, il te restera encore, interposées entre toi et ton Dieu et dépouillés de toute considération, la connaissance et de la conscience de ton être propre. Voilà ce qu'il faut détruire si tu veux voir arriver le moment où tu goûteras la perfection de cette œuvre. »

Anonyme, Le Nuage de l'Inconnaissance, chapitre XLIII.

De profundis

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« Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !
Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.
J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.
Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes. »

Psaume 130