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03/02/2014

La profondeur de l'âme

dd.pngLà, [l'âme] ne prie pas plus qu'elle ne priait avant qu'elle ne soit. Elle reçoit ce qu'elle a de la bonté divine, du cœur de son amour, de ce noble Loin-Près. Elle ne se préoccupe de rien, ce qu'elle aime le plus est aussi bien ce qu'elle déteste le plus : tel est son monde ; il n'y a pas de plus, de moyen ou de moins en son amour, et c'est pourquoi elle ne s'attriste de rien qui lui arrive. Elle est d'une profondeur sans fond, et donc elle n'a pas de lieu propre ; et si elle n'a pas de lieu propre, elle n'a pas non plus d'amour-propre. Toute parole, toute œuvre lui sont interdites dans l'être simple de la divinité, comme cela fut autrefois prescrit par Jésus-Christ, Fils de Dieu. Elle est au point qu'elle n'a pas de matière à bien faire ; d'où il suit qu'elle n'a pas non plus matière à faire mal, car Amour lui donne tout, l'acquitte auprès de son prochain.

"Il est juste, dit-elle, que tout me sois soumis : puisque tout a été fait pour moi, je reçois tout comme à moi, sans interdit. Et pourquoi pas ? Vous m'avez aimée, vous m'aimez et vous m'aimerez de tout votre puissance en tant que Père, de toute votre sagesse en tant que Frère, de toute votre bonté en tant que Bien-Aimé ; et jamais vous ne fûtes, cher Père, cher Frère, cher et Bien-Aimé, ne serait-ce qu'un instant, sans que je sois ainsi aimée de vous : je puis donc bien dire que vous n'aimez personne plus que moi ! Car tout comme votre bonté ne pourrait souffrir que votre humanité, que celle qui l'a engendrée, que les anges et que les saints ne reçoivent point la gloire de votre éternelle bonté, elle ne pourrait pas non plus souffrir que je reçoive la peine et les tourments dont je suis digne ; et je reçois ainsi sans cesse votre miséricorde à la mesure même de votre puissance en tout ce que je devrais subir." »

Marguerite Porete, Le Miroir des âmes simples et anéanties, « Comment toute œuvre est défendue à l'âme anéantie ».

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