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31/01/2014

« Telles sont mes idées du règne de Dieu » : Frédéric-Rodolphe Saltzmann (1749-1821) (2/3) [*]

« L'attrait spécial de Saltzmann le porte, comme son maître Boehme, vers le problème des Origines et vers celui des Choses finales. Nous avons vu, en parlant de ses ouvrages, la place capitale que les questions eschatologiques occupent dans ses écrits. Dans sa correspondance avec Herbort, il affirme que le millénaire ne commencera que lorsque la race humaine actuelle aura disparu par la mort. Il s'efforce de gagner Herbort à son point de vue, et il a dû être parfois fanatique et entier en soutenant son point de vue personnel. Saltzmann distingue nettement entre le dogme chrétien et la Bible ; il admet la discussion du premier mais condamne toute critique biblique.

Dans une lettre à Lavater (23 septembre 1784), Saltzmann expose son système du Règne de Dieu.

"Le règne de Dieu se compose uniquement des bons esprits. L'homme y participait aussi, il y avait sa place et sa mission propre. Mais au lieu de combattre et de vaincre l'ennemi, il se laissa surprendre et assujettir par lui, et devint aussi non point son allié, mais son esclave. Il tomba plus bas que Satan, non sous le rapport de la méchanceté ni la liberté de redevenir habitant du règne de Dieu, mais sous le rapport de la force. Il devint l'esclave des éléments, par son corps grossier et élémentaire. Satan est maître des éléments pour autant que Dieu ne le contraint pas. De ce règne de Satan, l'homme doit sortir, ou plutôt Satan et son règne doivent sortir du règne des hommes, afin que s'étendre le règne de Dieu, le règne du Christ, représentant et premier envoyé de Dieu. Par l'union avec le Christ et les anges, nous pouvons même le devenir dès maintenant, par une communion spirituelle, avant que vienne le jour, le grand jour, où se produira une séparation totale du bien et du mal. Telles sont mes idées du règne de Dieu."

 

Jesus Immanuels goettliche Liebesgeschichte.jpg

Saltzmann s'adonne à la lecture des ouvrages mystiques avec une véritable passion. Nous possédons le catalogue manuscrit de sa bibliothèque : tous les mystiques, depuis Ruysbroek jusqu'à Lavater, y ont trouvé place en passant par Rancé, Fénelon et Mme Guyon. Nous y trouvons des traités tombés dans l'oubli, tel ce Jesus Immanuels goettliche Liebesgeschichte, publié à Amsterdam en 1705.

[…]

Saltzmann n'est pas à proprement parlé un sectaire ; il n'a pas rompu avec l’Église ; mais il fréquentait rarement le culte public, à cause du rationalisme régnant. Il aspirait à l'unité de l’Église ; il nourrissait sa piété en lisant des ouvrages d'édification d'origine catholique ; il appartenait à cette catégorie de protestants dont parle J. de Maistre, dont « la piété tendre suffisait pour leur rendre excessivement chers les écrivains mystiques catholiques ». En ces temps où tout témoignage d'admiration pour la piété catholique était taxé de crypte-catholicisme, alors qu'on soupçonnait partout l'influence des jésuites, Saltzmann n'a pas caché ses sympathies pour sainte Thérèse, ni ses aspirations vers une Église Universelle au-dessus de toute forme historique. »

Anne-Louise Salomon, F.- R. Salzmann, 1749-1820 - Son rôle dans l'histoire de la pensée religieuse à Strasbourg, Paris, Berger-Levrault, 1932, p. 90 à 93.

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[*] Billet publié initialement le 29/05/13 sur le site de Clavis Aurea.

 

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