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31/01/2014

Connaissance du soir & connaissance du matin

 

cannes4.JPG« La Sagesse : quand l'homme s’abîme tout entier dans son union avec Dieu, et devient une même chose avec lui, il ne perd pas plus ses puissances qu'il n'a perdu sa nature ; il n'agit plus comme un homme, parce qu'il voit et saisit tout dans l'Unité infinie. Les philosophes considèrent les choses comme dépendantes de leur cause naturelle ; mes serviteurs s'élèvent plus haut, et les considèrent comme sorties de Dieu : ils ramènent l'homme en Dieu après sa mort, pourvu que pendant sa vie il se soit conformé à la volonté de Dieu ; et, dans ce changement divin, dans cette unité suprême, ils se considèrent eux-mêmes avec toutes les créatures comme ils y étaient dans l’Éternité.

Le Disciple : l'homme peut-il alors se regarder comme créature si, dans l’Éternité et en Dieu, il n'est autre que Dieu ? La même nature ne peut être à la fois créée et incréée.

La Sagesse : dans cette union, l'homme sait qu'il est créature ; que, quand il n'était pas, il était conforme à son idée en Dieu, et qu'il n'était autre que Dieu, ainsi que le dit saint Jean : « Ce qui a été fait, était la vie en Lui. » Je ne dis pas que l'homme soit créature en Dieu, parce que Dieu n'est pas autre que trinité et unité ; mais je dis que l'homme qui est en Dieu d'une manière supérieure et ineffable, devient une même chose avec Dieu, en retenant cependant son être particulier et naturel. Il ne le perd pas, mais il en jouit divinement ; et il vit d'une manière parfaite, puisqu'il ne perd pas ce qu'il a et qu'il acquiert ce qu'il n'a pas, c'est-à-dire une existence divine.

Aussi, l'âme en Dieu reste créature ; mais dans cet abîme de la Divinité où elle se perd, elle ne pense pas si elle est ou si elle n'est pas créature : elle prend sa vie en Dieu, son essence, sa félicité, tout ce qu'elle est ; et, se tenant ainsi fixée et immobile en lui, sans rien dire d'elle-même, elle se tait, et se repose dans cet Océan du bonheur infini, ne connaissant d'autre essence que celle qui est Dieu. Quand l'âme sait voir et contempler Dieu, elle sort pour ainsi dire de Dieu, et se retrouve elle-même dans l'ordre naturel. C'est cette connaissance de Dieu qu'on appelle la connaissance du soir, parce que la créature se distingue de Dieu, tandis que dans la connaissance du matin elle connaît en Dieu sans image, sans diversité, comme est Dieu en lui-même. »

 

Henri Suso, Le Livre de la Sagesse Éternelle, « Comment l'âme devient une même chose avec Dieu »

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