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07/12/2015

Le double héritage

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« L'homme sous les lois de sa matière est emprisonné et borné de tous les côtés ; il a fallu pour le lier ainsi, qu'on rassemblât, dans une sorte d'unité, les puissances, les forces et les facultés qu'il avait laissé sortir de lui-même, et qu'il avait disséminées dans toutes les régions, pour y opérer le désordre de ses plans impies et mensongers : l'ennemi appuie encore sur les chaînes dont on l'a chargé, et cherche par là à traiter comme son jouet et sa victime, celui qu'il a feint autrefois de vouloir traiter comme son ami. Mais ce double poids rassemblant et concentrant, de plus en plus, dans une unité, les puissances et facultés de l'homme, le rend, dans sa privation même, une nouvelle image de cette unité qu'il aurait dû représenter dans ses justes développements alors cette harmonie concentrée, recouvrant naturellement une sorte de rapport avec l'harmonie supérieure et libre, elle l'attire insensiblement à elle, et elle en reçoit les secours dont elle est susceptible, selon sa mesure gênée et restreinte. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel homme, §IV.

03/11/2014

L'Arche d'Alliance

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« Voulant faire Oraison, retirez-vous à l’écart, fermant les yeux aux choses du dehors, pour rappeler toutes vos forces au-dedans de vous. Mettez-vous en la présence de Dieu, vous ressouvenant vivement qu’il est partout, & singulièrement dans votre cœur. Donnez-vous à Jésus-Christ afin qu’il soit lui-même votre prière & le conjurant de vous apprendre à prier ; attendez tout de lui, n’espérant rien de vous : puis abandonnez-lui votre oraison, suivant l’attrait de sa grâce en toute liberté.

martinisme,saint-martinisme,louis-claude de saint-martin,metz,société des indépendants,madame guyon,enfant jésusNe cherchez pas Dieu hors de vous, comme au ciel, ou dans les images ou en quelque autre lieu, mais cherchez-le d’abord au-dedans de vous, où il réside véritablement. « Si quelqu’un m’aime » dit-il, « il gardera ma parole & mon Père l’aimera & Nous viendrons à lui & nous ferons Notre demeure en lui ». Pourquoi chercher Dieu si loin l’ayant si près de nous, & qu’il est au-dedans de nous-même ? Ou pourquoi être dans l’anxiété de le trouver, n’ayant qu’à jeter une œillade amoureuse dans le fond de notre cœur pour l’y découvrir ? Ô bonheur inestimable de pouvoir à toute heure converser avec lui sans distinction ni de temps, ni de lieu, ni d’état, ni de posture ! Quiconque à trouver cette porte pour se retirer dans son intérieur & y jouir de Dieu, a trouvé le Trésor Caché de l’Evangile ; & quelque grossier qu’il soit, pourvu qu’il soit fidèle à tenir compagnie à ce divin hôte, il deviendra bientôt spirituel. »

Madame Guyon, Règle des Associés à l’Enfance de Jésus, éd. Pierre Poiret, Cologne, Jean de la Pierre, 1705, §VIII, « De l’Oraison ».

21/10/2014

Chapitre Extraordinaire d’Assemblée Générale Annuelle

+ Société des Indépendants + 
Société Spirituelle et Initiatique Saint-martiniste


Chapitre Extraordinaire d’Assemblée Générale Annuelle
 
LYON

Samedi 25 octobre 2014

 

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"Lumières et révélations sur le ministère de l'homme-esprit"

« Plus le temps avance vers le complément de son désordre, plus l'homme devra s'avancer vers son terme de lumière. Comment pourra-t-il avancer, si ce n'est en se laissant pénétrer de l'esprit de vie, et se portant avec ardeur vers lui, comme s'il y était poussé par une faim dévorante ? Non il n'y a pas de joie qui soit comparable à celle de marcher dans les sentiers de la sagesse et de la vérité. »

(L'Homme de désir, § 9)

04/06/2014

De l'abîme à la Divine Ténèbre

Saltzmann, Salzmann, martinisme, saint-martinisme, société des indépendants, metz, maurice Zundel, notre dame de la sagesse, stabat mater, divine ténèbre« Dans la connaissance surnaturelle la lumière vient d'en haut, infusée en nous par l'Esprit qui scrute les profondeurs de Dieu. Ce n'est donc plus à nous d'en régler le mouvement. Si nous le pouvions d'ailleurs, elle ne nous servirait de rien. Il nous faudra donc passer de l'anthropomorphisme au théomorphisme, du mode humain de connaître au mode divin. Cela ne pourra s'accomplir que par l'initiative de Dieu, dans les étapes crucifiantes des nuits où l'homme est peu à peu séparé de lui-même, jusqu'à ce que soit consommée son identification avec le Christ. Saint Jean de la Croix et Sainte Thérèse ont exprimé, dans un langage aussi précis qu'il est magnifique, le déroulement normal de l'expérience mystique. Ils ont dit cette lumière trop intense qui exile l'être de soi-même en le rendant étranger à sa sensibilité, à son esprit et à Dieu même, tel du moins qu'Il était connu jusqu'alors.

saltzmann,salzmann,martinisme,saint-martinisme,société des indépendants,metz,maurice zundel,notre dame de la sagesse,stabat mater,divine ténèbreIls ont décrit cette suspension au-dessus de l'abîme, cet isolement impossible à combler, ce sentiment brûlant d'indignité, ces ténèbres inexorables, cet anéantissement dont l'horreur défie toute l'expression, qui semble disloquer l'âme dans un épouvantable anathème. Ils ont retracé les extases qui semblent l'arracher à son corps, les clartés soudaines qui la plongent dans une lumière infinie, la joie si violente qu'elle ferait mourir si Dieu n'en prévenait l'effet. Cette initiation n'est sans doute pas accompagnée, chez toutes les âmes qui s'abandonnent à l'étreinte divine, de tous les phénomènes et de toutes les faveurs, dont il est question dans Le Château intérieur. Beaucoup ne subissent de ces mystérieuses visitations que l'action tout intérieure qui en préserve le secret, sans discerner nettement d'ailleurs les paliers qu'elles franchissent dans l'obscurité qui leur dérobe la vue d'elles-mêmes. Mais toutes doivent mourir avec une implacable rigueur à l'esprit de possession qui les rive à elles-mêmes pour être, en esprit de pauvreté, tout appropriés à Dieu.
Quand le don est consommé et que tout l'être est entièrement assoupli au mode divin de l'union transformante, le corps est si parfaitement intérieur à l'âme et l'âme à Dieu que le contemplation ne gène plus aucune opération. »

Maurice Zundel, Notre Dame de la Sagesse, éditions du Cerf, 1950, « Stabat Mater ».

26/05/2014

Des choses supernaturelles & supersensuelles

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« Le disciple : par quel moyen puis-je voir et entendre Dieu, puisqu'il est au dessus de la nature de la créature ?

Le Maître : lorsque tu te tiens en silence, tu es alors cela même que Dieu était avant la nature et la créature, d'où il a formé ta nature et ta créature : alors tu vois et tu entends avec ce avec quoi il voyait et entendait en toi, avant que ton propre vouloir, voir et entendre eût commencé.

Le disciple : qu'est ce qui me retient, que je ne puisse parvenir à cet état ?

Le Maître : ton propre vouloir, ton propre voir et entendre, et que tu résistes à ce d'où tu as tiré ton origine : par ton propre vouloir, tu te déromps du vouloir de Dieu, et par ton propre voir tu n'envisages que ton vouloir : ton vouloir bouche ton ouït par ta propre sensualité des choses terrestres et naturelles, il t'introduit dans un fond et t'ombrage avec que tu veux, tellement que tu ne saurais t'élever aux choses surnaturelles et supersensuelles.

Le disciple : puisque je suis dans la nature, comment puis-je parvenir par la nature dans le fond supersensuel, sans la destruction de la nature ?

Le Maître : trois chose sont nécessaires pour cela. La première, que tu adonnes ta volonté à Dieu et que tu t'abîmes dans sa miséricorde. La deuxième, que tu haïsses ta propre volonté, et que tu ne fasses point ce à quoi elle te pousse. La troisième, que tu te soumettes à la croix, afin que tu puisses soutenir les tentations de la nature et de la créature : si tu fais cela, Dieu parlera au dedans de toi et il introduira ta volonté expropriée en soi, dans le fond surnaturel ; alors tu entendras ce que Dieu parle en toi. »

Jacob Boehme, De la vie supersensuelle (1622), Charcornac, 1903. 

14/05/2014

Notre seul appui

 

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« Da quod jubes et jube quod vis. »

 Saint Augustin, Confessions, Livre X, Chapitre XXIX.

10/05/2014

Misère de l'homme

1.JPG« Rien n’est plus capable de nous faire entrer dans la connaissance de la misère des hommes, que de considérer la cause véritable de l’agitation perpétuelle dans laquelle ils passent toute leur vie. L’âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée. Elle sait que ce n’est qu’un passage à un voyage éternel, et qu’elle n’a que le peu de temps que dure la vie pour s’y préparer. Les nécessités de la nature lui en ravissent une très grande partie. Il ne lui reste que très peu dont elle puisse disposer. Mais ce peu qui lui reste l’incommode si fort, et l’embarrasse si étrangement, qu’elle ne songe qu’à le perdre. Ce lui est une peine insupportable d’être obligée de vivre avec soi, et de penser à soi. Ainsi tout son soin est de s’oublier soi-même, et de laisser couler ce temps si court et si précieux sans réflexion, en s’occupant de choses qui l’empêchent d’y penser.
[…]
J’ai souvent dit, que tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas se tenir en repos dans une chambre.
[…]
2.jpgMais quand j’y ai regardé de plus près, j’ai trouvé que cet éloignement que les hommes ont du repos, et de demeurer avec eux-mêmes, vient d’une cause bien effective, c’est-à-dire du malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne nous peut consoler, lorsque rien ne nous empêche d’y penser, et que nous ne voyons que nous. Je ne parle que de ceux qui se regardent sans aucune vue de Religion. Car il est vrai que c’est une des merveilles de la Religion Chrétienne, de réconcilier l’homme avec soi-même, en le réconciliant avec Dieu ; de lui rendre la vue de soi-même supportable ; et de faire que la solitude et le repos soient plus agréables à plusieurs, que l’agitation et le commerce des hommes. Aussi n’est-ce pas en arrêtant l’homme dans lui-même qu’elle produit tous ces effets merveilleux. Ce n’est qu’en le portant jusqu’à Dieu, et en le soutenant dans le sentiment de ses misères, par l’espérance d’une autre vie, qui l’en doit entièrement délivrer. Mais pour ceux qui n’agissent que par les mouvements qu’ils trouvent en eux et dans leur nature, il est impossible qu’ils subsistent dans ce repos qui leur donne lieu de se considérer et de se voir, sans être incontinent attaqués de chagrin et de tristesse. L’homme qui n’aime que soi ne hait rien tant que d’être seul avec soi. Il ne recherche rien que pour soi, et ne fuit rien tant que soi ; parce que quand il se voit, il ne se voit pas tel qu’il se désire, et qu’il trouve en soi-même un amas de misères inévitables, et un vide de bien réels et solides qu’il est incapable de remplir.
[…]

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Les hommes ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au dehors, qui vient du ressentiment de leur misère continuelle. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de leur première nature, qui leur fait connaître, que le bonheur n’est en effet que dans le repos. Et de ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confus, qui se cache à leur vue dans le fonds de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l’agitation, et à se figurer toujours, que la satisfaction qu’ils n’ont point leur arrivera, si, en surmontant quelques difficultés qu’ils envisagent, ils peuvent s’ouvrir par là la porte au repos. Ainsi s’écoule toute la vie. On cherche le repos en combattant quelques obstacles ; et si on les a surmontés, le repos devient insupportable. Car, ou l’on pense aux misères qu’on a, ou à celles dont on est menacé. Et quand on se verrait même assez à l’abri de toutes parts, l’ennui de son autorité privée ne laisserait pas de sortir du fonds du cœur, où il a ses racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin.
[…]
Ainsi par un étrange renversement de la nature de l’homme, il se trouve que l’ennui qui est son mal le plus sensible est en quelque sorte son plus grand bien, parce qu’il peut contribuer plus que toute chose à lui faire chercher sa véritable guérison ; et que le divertissement qu’il regarde comme son plus grand bien est en effet son plus grand mal, parce qu’il l’éloigne plus que toute chose de chercher le remède à ses maux. Et l’un et l’autre est une preuve admirable de la misère, et de la corruption de l’homme, et en même temps de sa grandeur ; puisque l’homme ne s’ennuie de tout, et ne cherche cette multitude d’occupations que parce qu’il a l’idée du bonheur qu’il a perdu ; lequel ne trouvant pas en soi, il le cherche inutilement dans les choses extérieures, sans se pouvoir jamais contenter, parce qu’il n’est ni dans nous, ni dans les créatures, mais en Dieu seul. » 

Blaise Pascal, Pensées, Desprez, 1670, « Misère de l'homme ». 

18/04/2014

« Consummatum est »

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« Saint-Martin nous explique la raison véritable de l'Incarnation, dont l'objet ne fut pas le moins du monde, contrairement à ce qu'un enseignement, malheureusement assez répandu en milieu ecclésial quoique néanmoins profondément erroné soutient, de « sacraliser » la chair, mais pour que l'homme au sens générique du terme, puisse enfin et pour toujours s'en extraire, et être, à la suite du Divin Réparateur qui s'est donné en sacrifice pour cela, revêtu de lumière ineffable en ayant définitivement abandonné dans le tombeau à la putréfaction, les oripeaux de chair terrestre dont nous fumes revêtus après la prévarication d'Adam : « Après être devenu principe de vie corporelle, il a fallu qu'il devînt élément terrestre, en s'unissant à la région élémentaire ; et de là il a fallu qu'il se fit chair dans le sein d'une vierge terrestre, en s'enveloppant de la chair provenue de la prévarication du premier homme, puisque c'était de la chair, des éléments, et de l'esprit du grand monde qu'il venait nous délivrer. On voit maintenant pourquoi le sacrifice que le Réparateur a fait ainsi dans tous les degrés, depuis la hauteur d'où nous étions tombés, a dû se trouver approprié à tous nos besoins et à toutes nos douleurs. Aussi c'est le seul sacrifice qui ait été terminé par ces paroles à la fois consolantes et terribles, ‘‘consummatum est’ ; consolantes par la certitude qu'elles nous donnent que l'œuvre est accomplie, et que nos ennemis seront sous nos pieds, toutes les fois que nous voudrons marcher sur les traces de celui qui les a vaincus ; terribles, en ce que si nous les rendons vaines et nulles pour nous par notre ingratitude et notre tiédeur, il ne nous reste plus de ressource, parce que nous n'avons plus d'autre Dieu à attendre, ni d'autre libérateur à espérer» (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »).

 

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Il est donc fini, révolu, dépassé, le temps où il fallait utiliser des victimes animales pour nous laver de nos souillures, de même qu'il est achevé, pour toujours, celui où la méditation par des formes matérielles étaient imposée à l'homme pour célébrer son culte. Aujourd'hui nous vivons sous l'unique règle qui s'exprime par ces mots : « Consummatum est » : « Ce n'est plus le temps où nous puissions expier nos fautes, et nous laver de nos souillures par l'immolation des victimes animales, puisqu'il a chassé lui-même du temple les moutons, les bœufs et les colombes. Ce n'est plus le temps où des prophètes doivent venir nous ouvrir les sentiers de l'esprit, puisqu'ils ont laissé ces sentiers ouverts pour nous, et que cet esprit veille sans cesse sur nous, comme Jérémie, selon les Macchabées, veille toujours sur le peuple d'Israël. Enfin, ce n'est plus le temps où nous devions attendre que le salut des nations descende près de nous, puisqu'il y est descendu une fois, et qu'étant lui-même le principe et la fin, nous ne pourrions, sans lui faire injure, nous conduire comme s'il y avait encore après lui un autre Dieu, et ne pas donner à celui qui s'est fait connaître à nous, une foi sans borne et une confiance universelle, qui ne peut réellement et physiquement reposer que sur lui, puisque lui seul est l'universalité. Consummatum estNous n'avons plus désormais d'autre œuvre ni d'autre tâche, que de nous efforcer d'entrer dans cette consommation, et d'éloigner de nous tout ce qui peut nous empêcher d'en retirer tous les avantages. » (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »). »

 

Jean-Marc Vivenza, L'Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, Editions La Pierre Philosophale, 2014, pp.276-277. 

30/03/2014

La Voie de la Sagesse

SN3.JPG« Quelle tâche plus immense que celle de nous rendre les images mêmes de ce principe premier, et cependant comment le faire connaître, si nous n'en présentons en nous que des images défigurées ? Quel emploi, dis-je, plus vaste et plus utile, pouvons-nous faire de nos facultés, que de nous occuper, sans cesse, à les rendre semblables à celle de l'être donc nous descendons.

La première, et, sans doute, la plus essentielle des vertus dont cet être premier nous fournisse le modèle, est cet amour inépuisable par lequel il soutient et vivifie sa créature, malgré qu'elle s'abandonne à la corruption de sa volonté déréglée, et qu'elle agisse sans cesse contre son propre bien. En un mot, l'amour de cet être premier est tellement illimité et dominant sur toutes ses autres vertus, qu'il nous en fait sentir les effets comme malgré nous, et lors même que nous employons tous nos efforts à les éloigner. C'est même-là où nous apprenons combien cet amour doit être indulgent, tolérant et miséricordieux, puisqu'il doit aller jusqu'à chérir ceux qui nous contrarient et nous molestent le plus, à l'image de ce principe dont l'amour est inépuisable et régénère sans cesse sa créature, en purifiant continuellement les souillures qu'elle se fait à elle-même par ses outrages contre ce principe.
[...]
sn4.JPGVoilà, mes frères, la seule voie dont nous disposions, et qui, en effet, est continuellement dans nos mains, c'est cette union intime par laquelle nous représenterons l'amour que notre Créateur a pour nous ; c'est cette vive charité qui nous rendra mutuellement compatissants pour nos misères ; c'est enfin cette véritable terre sur laquelle la Sagesse ensemence avec profusion tous ses dons, quand elle la trouve bien préparée, et par conséquent, c'est-là ce champ immense où doivent germer toutes les vertus du principe divin, que nous sommes venus tous pour manifester sur la terre. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Les Voies de la Sagessein Œuvres posthumes, Tours, Letourmy, 1807.

 

 

 

18/03/2014

De la doctrine de la Vérité

01.png« Ô Vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour éternel ! Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre ; en vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux. Que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures soient dans le silence devant vous : parlez-moi vous seul.

Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de l'intelligence. Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n'est jamais dissipée au milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout pour honorer Dieu et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien. Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections immortifiées de votre cœur ?

L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au-dedans de lui tout ce qu'il doit faire au-dehors ; il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d'une inclination vicieuse mais il les soumet à la règle d'une droite raison. Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre ? C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement : combattre contre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le bien. Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection : et nous ne voyons rien qu'à travers une certaine obscurité. L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science. Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d'aucune chose ; car elle est bonne en soit, et dans l'ordre de Dieu ; seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie sainte. Mais, parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail.
[…]
Oh ! Que la gloire du monde passe vite ! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur science ! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit. Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par l'oubli du service de Dieu ! Et parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles, ils s'évanouissent dans leurs pensées. (Rm I, 21). Celui-là est vraiment grand qui a une grande charité. Celui-là est vraiment grand qui est petit à ses propres yeux, et pour qui les honneurs du monde ne sont qu'un pur néant. Celui-là est vraiment sage qui, pour gagner Jésus-Christ, regarde comme de la boue toutes les choses de la terre. (Ph 3, 8) Celui-là possède la vraie science qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne. »

Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, « De la doctrine de la Vérité ».

09/03/2014

Le Séraphin de l'âme

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« Le neuvième [ordre]1 contient les profondes respirations en Dieu, les extensions et écoulements supra-intellectuels, les fervents éclairs et les ferveurs d'éclair, toutes choses de l'ordre des sorties élevées et des hauteurs excessives auxquelles ne peut s'élever l'intelligence, mais uniquement l'affection principale, seule capable de s'unir à Dieu. »

Thomas Gallus, Commentaires du Cantique des Cantiques, 2ème commentaire.

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[1]. Celui des Séraphins. Thomas Gallus utilise la hiérarchie angélique du Pseudo-Denys l'Aréopagite (cf Le Livre de la Hiérarchie céleste) pour décrire le cheminement de l'âme à Dieu.

05/03/2014

La Prière du coeur

coeur.jpg« Le sens propre de la prière du cœur, pour Saint-Martin, le fruit de l'oraison intérieure, est précisément situé dans l'accomplissement de ce quasi « envahissement » divin dont nous sommes l'objet, par la surprenante arrivée, dans notre fond, de l'Incréé, de ce qui dépasse tout entendement et toute raison, c'est-à-dire du Verbe éternel qui vient prononcer son inestimable Parole au centre de notre centre, dans ce Sanctuaire où seul doit régner le désir de Dieu. Que nous découvre Saint-Martin qui soit si pénétrant et stupéfiant pour éprouver, à ce point, l'homme de désir, et le faire quelque peu chanceler ? Tout simplement, que lorsque « nous avons le bonheur de parvenir à ce sublime abandon, le Dieu que nous avons obtenu par son nom, selon sa promesse, ce Dieu qui se prie lui-même en nous, selon sa fidélité et son désir universel, ce Dieu qui ne peut plus nous quitter, puisqu'il vient mettre son universalité en nous, ce Dieu, dis-je, ne fait plus de nous que comme habitacle de ses opérations »1. »

Jean-Marc Vivenza, La Prière du cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin dit le Philosophe Inconnu, « Le sublime Abandon », Arma Artis, 2007.

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[1] Louis-Claude de Saint-Martin, La Prière, in Œuvres posthumes.

28/02/2014

La juste demande

Saltzmann, salzmann, Martinisme, Saint-martinisme, Metz, Louis-Claude de Saint-Martin, Ministère de l'Homme-Esprit« Lorsque, depuis la chute, nous demandons l'accomplissement de la volonté divine, cette demande a un sens très-profond en même temps très-naturel, puisque c'est demander que le contrat divin reprenne toute sa valeur, que tout ce qui est désir et volonté provenant de Dieu vienne à son terme ; et, par cette raison, c'est demander que l'âme de l'homme refleurisse de nouveau dans son désir vrai, et dans sa volonté originelle qui la ferait participer au développement du désir et de la volonté de Dieu, de façon que nous ne pouvons demander à l'Agent suprême que sa volonté arrive, sans demander, par cette prière, que toutes les âmes des hommes soient remises dans la jouissance de leur primitif élément, et en état d'être réintégrées dans le ministère de l'Homme-Esprit.

Remarquons ici que dans les prières que Dieu a conseillées aux hommes, il ne leur dit point de lui demander des chose qui ne puissent être accordées à tous ; il a soin, au contraire, de ne leur promettre que ce qui est compatible avec son universelle munificence, laquelle à son tour se rapporte toujours à leurs universels besoins, et à son universelle gloire. Lorsque nous demandons à Dieu des choses particulières, et qui ne peuvent pas être données également à tous nos semblables, comme les biens, les emplois, les dignités, nous manquons essentiellement à la loi.
[...]

Au contraire, cela prouve que nous devons sans cesse lui demander les chose du monde réel et infini où nous sommes nés, parce qu'il ne peut rien venir de ce monde-là sur un seul homme, que la voie ne s'ouvre par-là pour en faire venir autant sur tous les autres. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le Ministère de l'Homme-Esprit, « De l'Homme ».

21/02/2014

L'Oraison : de l'Amour à l'Inconnaissance

 

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Celui qui tient son esprit solidement fixé dans l'amour de Dieu méprise tout le visible et son corps même, comme s'il appartenait à autrui.
[...]
Le chemin de la connaissance, c'est la liberté intérieure et l'humilité. Sans elles, on ne verra jamais le Seigneur.
[...]
Veux-tu devenir maître de tes pensées ? Surveille tes passions, chasse-les constamment de ton esprit, loin de tes pensées. Ainsi, contre la luxure, jeûne, veille, fais des travaux pénibles, isole-toi ; contre l'irritation et la tristesse, méprise la gloire, l'obscurité, les objets matériels ; contre le ressentiment, prie pour celui qui t'a offensé, et tu seras délivré.
[...]
La charité, et la maîtrise de soi délivrent l'âme des passions, la lecture et la contemplation dégagent l'esprit de l'ignorance ; l'état d'oraison l'établit en Dieu même.
[...]
Chasse de ton esprit, à l'heure de l'oraison, jusqu'aux simples représentations des réalités humaines et aux images de toutes les créatures. Sinon, l'imagination occupée d'objets de moindre importance, tu perdras Celui qui leur est incomparablement supérieur à tous.
[...]
Le plus haut état de la prière, dit-on, c'est lorsque l'esprit sort de la chair et du monde et, dans l'acte de la prière, perd toute matière et toute forme. Se maintenir sans défaillance en cet état, c'est en réalité prier sans cesse.
[...]
L'esprit est parfait, quand grâce à une foi véritable, il possède dans la super-ignorance la super-connaissance du Super-inconnaissable.

Saint Maxime le Confesseur, Centuries sur la Charité.

 

20/02/2014

Du Saint Abandon

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« La volonté de la créature avec toute sa raison & ses désirs doit entièrement s'enfoncer en soi-même, comme un enfant indigne d'une si grande grâce, ne s'attribuant aucune volonté ni intelligence dans l'ipséité créaturelle ; mais se plongeant tout simplement dans l'amour & dans la grâce de Dieu en Jésus Christ doit désirer, que sa raison & l'ipséité soit comme morte dans la vie de Dieu, s'abandonnant entièrement à la vie & à l'amour de Dieu, afin qu'il en dispose comme avec son instrument pour tout ce qu'il lui plaira, & de la manière qu'il trouvera à propos.

saltzmann, salzmann, martinisme, saint martinisme, metz, jacob boehme, Jakob Böhme, chemin pour aller à christ, abandon La raison propre ne doit se proposer de feindre quelque chose dans les principes humains, ni dans les choses divines, elle ne doit aussi désirer & vouloir autre chose, que la seule grâce de Dieu en Christ, de la même manière qu'un enfant s'attache continuellement au sein de sa mère ; il faut aussi de même avoir continuellement faim de l'amour de Dieu, sans s'en laisser jamais détourner ; lorsque la raison extérieure triomphe dans la lumière, & qu'elle dit : j'ai le véritable enfant ; il faut que la volonté des désirs l'humilie jusqu'à terre, & l'introduise dans la plus profonde humilité & simple ignorance, disant : tu es folle, tu n'as rien que la grâce de Dieu, tu dois t'en envelopper avec l'humilité la plus profonde & t'anéantir en toi-même, tu ne dois ni te connaître ni t'aimer ; tout ce que tu es en toi, & tout ce que tu as, doit être réputé un néant, un simple instrument de Dieu, & tu dois introduire tes désirs uniquement dans la miséricorde de Dieu, en sortant de tout ton propre savoir & de ta propre volonté, & les réputant aussi comme de purs néants, & ne former plus aucune autre volonté ni de près ni de loin pour y rentrer. »

Jacob Boehme, Le Chemin pour aller à Christ, « De la véritable Equanimité, dit l'Abandon ».

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Chapitre Jacob Boehme, à l'orient de Toulon : http://chapitre-jacob-boehme.hautetfort.com

19/02/2014

Du détachement à l'union

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« Je m'effraie souvent, quand je dois discourir de Dieu, à quel point de détachement il faut que soit l'âme qui veut parvenir à l'union. En cela, personne ne doit se l'imaginer impossible ; il n'est rien d'impossible à l'âme qui là a la grâce de Dieu. Il n'est jamais rien de plus facile à un homme qu'à l'âme qui a la grâce de Dieu de laisser toutes choses. Je dis plus : pour un homme jamais rien non plus n'est plus facile à faire que pour l'âme qui a la grâce de Dieu de laisser toutes choses. […] Or notez ! Nulle part Dieu n'est proprement Dieu que dans l'âme. En toutes créatures, il est quelque chose de Dieu, mais dans l'âme Dieu est divinement, car elle est son lieu de repos. […] Il veut par là nous attirer en soi-même, en sorte que nous soyons purifiés, qu'il nous place par là dans soi-même, pour qu'il puisse nous aimer en lui et s'aimer en nous avec lui-même.
[…]
Pour que nous suivions si bien Dieu qu'il puisse nous placer en soi, afin que nous nous trouvions unis à lui, qu'il puisse nous aimer avec lui-même, qu'à cela Dieu nous aide. Amen. »

Maître Eckhart, Les Sermons, Sermon §73.

18/02/2014

Apatheia

echelle.png« Voici que, malgré mon ignorance profonde, malgré les ténèbres épaisses que mes passions répandent sur mon esprit, malgré enfin les ombres de la mort de mon corps, j'ai la témérité et la hardiesse de parler du ciel terrestre. Or si les étoiles sont le superbe ornement du firmament, les vertus sont celui de la tranquillité du cœur. C'est pour cette raison que je pense et dis que la paix ou la tranquillité de l'âme n'est rien d'autre sur la terre qu'un véritable ciel dans lequel une âme qui le possède, ne considère plus les ruses et la méchanceté des démons que comme des jeux et de vains amusements. 

Il est donc vraiment délivré et maître en même temps de tous les troubles et de toutes les agitations de son âme, l'homme qui a purifié sa chair de toute sorte de taches et de souillures, et qui, par ce moyen, l'a rendue, en quelque façon, incorruptible; qui a su élever ses affections et ses sentiments au dessus des choses créées, et soumettre tous ses sens à l'empire de la raison et de la foi ; qui enfin, par une force surnaturelle, a pu placer son âme face à face devant Dieu et la lui consacrer avec une délicieuse confiance.  […]

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Or les personnes auxquelles Dieu a daigné accorder cette grâce si sublime, quoique revêtues d'une chair fragile, deviennent et sont des temples vivants de la Divinité, qui les dirige et les conduit dans leurs paroles, leurs actions et leurs pensées, et qui, par les lumières abondantes dont elle éclaire leur esprit, leur fait exactement connaître quelle est son adorable Volonté; et, supérieures à toutes les instructions des hommes, ces âmes fortunées s'écrient dans les sentiments d'un ravissement céleste : « Mon âme est toute brûlante de soif pour mon Dieu, qui est le Dieu fort et vivant; quand viendrai-je et quand paraîtrai-je devant la Face de mon Dieu ? » (Ps 41,3) ; et elles ajoutent : « Je ne peux plus supporter la violence du désir qui me presse ; ô mon Dieu, je désire, je cherche et je demande cette beauté immortelle que Tu m'avais donnée avant cette chair de boue. »
[…]
Soyez bien persuadés que cette paix est, en quelque sorte, la cour et le palais du Roi des cieux : or dans ce palais comparable à une grande cité, il y a différentes habitations pour les âmes justes : le mur qui entoure cette nouvelle Jérusalem, c'est la rémission de nos péchés. Courons donc, ô mes frères, arrivons jusqu'au lit qui nous est préparé dans ce palais céleste : nous devons y trouver un repos parfait. »

Saint Jean Climaque, L’Échelle sainte, vingt-neuvième degré.

16/02/2014

La Vérité pour guide

Saltzmann, salzmann, martinisme, saint-martinisme, saint-martin, ecce homo, vérité, la voie, la vie,« Il faut que les entraves matérielles de tous les hommes se déroulent ainsi et que les jugements qu'ils auront mérités soient découverts et exposés à la face de toutes les régions, afin que toutes les nations, connaissant le poison qui nous infecte, puissent dire avec horreur et mépris en nous voyant : Ecce Homo. Ce n'est qu'alors que le règne glorieux pourra descendre librement jusque dans le cœur de l'homme, ce n'est qu'alors que sans s'abuser, l'homme pourra aspirer à être renouvelé, parce que ce n'est que lorsque ce titre d'Ecce Homo et les jugements qui lui sont dus seront ainsi inscrits dans toutes les régions de l'univers, que la justice sera entièrement satisfaite.

S'il est vrai que ce qui se passera alors pour l'homme universel doit se passer dès à présent pour chacun de vous en particulier, quel est celui qui pourra donc avancer dans cette carrière ? Vous ne pouvez plus en douter ; c'est celui qui n'aura pas mis sa confiance dans les voies abusives des nations, qui sentant en lui-même la dignité de sa propre essence, se tournera exclusivement vers la source d'où il descend, comme étant la seule où il puisse être engendré de nouveau et qui se défiant de toutes ces espérances qui flattent sa paresse, ou son orgueil, ne se laissera point séduire par toutes les images ou par toutes les œuvres figuratives que l'ignorance et les ténèbres s'efforcent universellement de substituer à la place de celui qui seul est la Voie, la Vérité et la Vie et que nul être ne peut remplacer. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, §VIII.

 

 

14/02/2014

« Nous t'attendons »

 

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« Tu as dit une fois : « si quelqu'un est seul, je suis avec lui. Ôte la pierre et tu me trouveras, entaille le bois et je suis là. » Mais pour te découvrir dans la pierre et dans le bois, il faut la volonté de te chercher, la capacité de te voir. Et aujourd'hui la plupart des hommes ne veulent pas, ne savent pas te trouver. Si tu ne fais sentir ta main sur leur tête et entendre ta voix dans leur cœur, ils continueront à ne chercher qu'eux-mêmes, sans se trouver, car nul ne se possède s'il ne te possède. Nous te prions donc, Christ, nous les renégats, les coupables, nés à contre-temps, nous qui nous souvenons encore de toi, et nous efforçons de vivre avec toi, mais toujours trop loin de toi, nous les derniers, les désespérés, les rescapés des périples et des précipices, nous te prions de revenir encore une fois parmi les hommes qui t'ont mis à mort, parmi les hommes qui continuent à te mettre à mort, pour nous redonner à nous tous, meurtriers dans les ténèbres, la lumière de la vraie vie.
[…]

La grande expérience touche à sa fin. Les hommes, en s'éloignant de l'Evangile, ont trouvé la désolation et la mort. Plus d'une promesse et d'une menace s'est vérifiée. Désormais nous n'avons, nous les désespérés, que l'espérance de ton retour. Si tu ne viens pas réveiller les dormants pelotonnés dans la gadoue puante de notre enfer, c'est signe que le châtiment te paraît encore trop court et trop léger pour notre trahison et que tu ne veux rien changer à l'ordre de tes lois. Et que ta volonté soit faite maintenant et toujours, sur la terre comme au ciel.

Mais nous, les derniers, nous t'attendons. Nous t'attendrons jour après jour, en dépit de notre indignité et contre tout impossible. Et tout l'amour que nous pouvons exprimer de nos cœurs dévastés sera pour toi, Crucifié, qui fus tourmenté pour l'amour de nous et qui maintenant nous tourmentes de toute la puissance de ton implacable amour. »

Giovanni Papini, Histoire du Christ, « Prière au Christ ».

08/02/2014

De la sainte Ignorance

222.jpg« Il est extrêmement difficile pour un savant de renoncer entièrement à tout ce qu'il a appris et de se laisser conduire et guider, en cela semblable à un enfant ignorant, par l'Esprit. Jésus dit explicitement : « si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous ne pourrez pas entrer dans le royaume de Dieu. » Les enfants sont ignorants et réceptifs à l'enseignement [de l'Esprit]. Celui qui se tient pour érudit, celui-là n'est pas réceptif ; il Lui résiste s'il ne coïncide pas à ses idées déjà acquises, et ne peut s'abandonner à la contemplation de l'Esprit. Il faut apparaître devant Dieu semblable à un tableau blanc, sur lequel l'Esprit pourra écrire ce qu'Il veut. C'est pourquoi Jésus n'a pris aucun apôtre parmi les savants ; car l'enseignement de l'Esprit ne peut se mêler aux conceptions savantes de la raison, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui où l'enseignement est défiguré malgré de sincères enseignants. Et l'histoire de l'Eglise le prouve, les hérésies et autres erreurs sont venues par les docteurs en Religion, qui voulaient expliquer les mystères de la foi par la raison. 

Seul ce qui provient de l'esprit est esprit, et donne la vie et l'immortalité. Ce qui provient de la chair, provient de la raison - ou de ce qui est inférieur -, est chair, éphémère et mortel. Considérons les mots de conception et de naissance qu'utilise Jésus, ils symbolisent un total changement, la création de l'âme et du corps. Car, qu'il le veuille ou non, l'homme ne vient pas sur terre avec sa seule âme mais avec l'âme et le corps comme deux parties de son être, aussi doit-il renaître selon l'âme et le corps, faits de l'Esprit et de l'eau, pour qu'advienne une nouvelle personne. »

Frédéric-Rodolphe Saltzmann, Esprit et Vérité ou la Religion des Élus (1816).